DE MESMES PREMIER PRÉSIDENT
avoir quitté les sabois fut un professeur eu droit dans l'université de Toulouse , que la reine de Navarre . sœur de François I" , employa dans ses affaires, et le porta à la charge de lieutenant civil à Paris. Son fils professa aussi le droit à Toulouse , puis fut successivemnt conseiller à la cour des aides, au grand conseil, et maître des requêtes. Il sera mieux connu par le nom qu il porta de sieur de Malassise, d'où la courte paix qu'il négocia avec les huguenots, comme second du premier maréchal de Biron, en 1570. qui n'étoit pas lors maréchal de France, mais qui étoit déjà boiteux d'une blessure . fut appelée la paix hoiteuse et mal assise. Il fut père du sieur de Roissy, successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, qui eut un brevet de conseiller d'État et d'intendant des finances, et qui fut père de trois fils qui établirent puissamment cette famille , et de deux filles , dont l'aînée épousa le sieur Lambert d'Herbigny . maître des requêtes , l'autre Maximilien de Bellefourière , qui fut mère du marquis de Soyecourt, si à la mode et fort en faveur, grand maître de la garde-robe , en 1653, chevalier du Saint-Esprit en 1661 , et qui acheta en 1669 la charge de grand veneur du chevalier de Rohan. Il étoit gendre du président de Maisons, surintendant des finances, et mourut à Paris, en 1679. Ses deux fils furent tués tous deux à la bataille de Fleurus, sans alliance, en 1690; et leur sœur mariée pour rien à Seiglière Bois-Franc porta à ses enfants tous les biens de Bellefourière, de Soyecourt, sa grand'mère, héritière, et des Longueil-Maisons qu'elle a vu éteindre. Ces riches aventures arrivent toujours à des filles de qualité dont on veut se défaire pour rien, et qui épousent des vilains.
Les trois frères de ces deux sœurs, enfants du sieur de Roissy, et petits -enfants du sieur de Malassise, furent le sieur de Mesmes, le sieur d'Avaux , et le sieur d'Irval.
Le sieur de Mesmes fut lieutenant civil à Paris, en 1613, et député du tiers état aux derniers états généraux tenus à Paris , en 1614. Il mourut président à mortier , en 1650 , et il avoit épousé ' la fille unique de Gabriel des Fossés , dit La Valée . marquis d'Everly , gouverneur de Montpellier et de Lorraine , chevalier du Saint-Esprit , en 1633. Cette héritière avoit épousé en premières noces Gilles de Saint-Gelais dit Lezignen ^ , dont elle avoit eu une fille unique , qui épousa le duc de Créqui , et qui fut dame d'honneur de la reine ; et de son second mariage la maréchale-duchesse de Vivonne , et une naine pleine d'esprit , religieuse de la Visitation Sainte-Marie à Chaillot. Ainsi les duchesses de Créqui et de Vivonne étoient sœurs de mère.
Le sieur d'Avaux est le célèbre d'Avaux qui se comtisa dans ses ambassades. Il négocia à Rome, à Venise, à Mantoue, à Turin, à Florence , chez la plupart des princes d'Allemagne , ambassadeur en Danemark , en Suède , en Pologne , et plénipotentiaire à Hambourg , à
i . Le président de Mesmes s'était marié en premières noces avec Jeanne de Montluc, morte en ^639; ce fut en secondes noces qu'il épousa Marie des Fossés.
2, Ce nom parait le même que celui de Lésignan ou Lusignan,
Munster, à Osnabrûck, où il eut tant de démêlés avecServien, son collègue , qui eut plus de crédit que lui à la cour. Il fut greffier de l'ordre, ministre d'État, et surintendant des finances, mais un peu en peinture, comme il lavoue par quelques-unes de ses lettres. Servien, son fléau , qui l'étoit avec lui ' , en avoit toute Fautorité. D'Avaux ne se maria point, et mourut comme son frère aîné, en 1650, quelques mois après lui.
Le sieur d'Irval prit le nom de Mesmes à la mort de son frère aîné , dont il eut la charge de président à mortier. Il laissa deux fils, l'aîné qui succéda à son nom et à sa charge , et qui épousa la fille de Bertran sieur de La Bazinière , trésorier de l'épargne et prévôt grand maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit, qui avoit épousé pour rien Mlle de Barbezières-Chemerault, fille d'honneur de la reine. La Bazinière tomba en déroute, en recherches^, fut mis à la Bastille, privé de ses charges et du cordon bleu qui ne lui fut point rendu. C'étoit un riche, délicieux et fastueux financier, qui jouoit gros jeu, qui étoit souvent de celui de la reine, et qui la quittoit familièrement à moitié partie, et la faisoit attendre pour achever qu'il eût fait sa collation qu'il faisoit apporter dans l'antichambre , et dont il régaloit les dames. Il étoit si bon homme et si obligeant qu'on lui passoit toutes ces impertinences ; fort galant, libéral, magnifique, homme de grande chère, et si aimé que tout le monde s'intéressa pour lui. Il parut constant qu'il n'y avoit nulle friponnerie en son fait, mais un grand désordre, faute de travail et d'avoir su régler sa dépense. Il sortit enfin d'affaires; et quoique dépouillé et réduit au petit pied, il fut le reste de sa vie, qui fut encore longue, bien reçu partout et accueilli de la meilleure compagnie. Je l'ai vu chez mon père, avec un joli équipage, et, tout vieux qu'il étoit, l'homme le plus propre et le plus recherché. Il mourut en 1688 , tout à la fin . quinze ou seize ans après être sorti d'affaires. Son gendre eut sa charge de l'ordre , qui mourut neuf ou dix mois avant lui. Son frère qui ne se maria point, et qui, tout conseiller d'État de robe qu'il étoit, se faisoit appeler le comte d'Avaux, fut survivancier, puis titulaire de sa charge de l'ordre, ambassadeur à Venise , en Hollande , près du roi Jacques en Irlande , en Suède, et encore en Hollande, et mourut d'une seconde taille, en 1709. J'en ai parlé ailleurs.
Son aîné , le président de Mesmes , gendre de La Bazinière , eut trois fils et deux filles : l'aîné, qui fut premier président cette année; un abbé de Mesmes fort débordé; un chevalier de Malte qui ne le fut guère moins, et que le crédit de son frère chargea de bénéfices et de commanderies, et qu'il fit ambassadeur de Malte ; Mme de Fontenilles,
^ . On pourrait croire, d'après ce passage, que Servien a été surintendant des finances avec d'Avaux. C'est une erreur. Servien fut nommé surintendant des finances en 1653 avec Fouquet, et conserva cette fonction jusqu'à sa mort, arrivée en 4 659. Servien n'avait été adjoint à d'Avaux que dans l'ambassade de Munster où l'on négocia la paix de Westphalie.
2. La Bazinière fut un des financiers poursuivis, en ^66^, à l'époque de l'arrestation et du procès de Fouquet.
dont j'aurai lieu de parler dans la suite , et une ursuline. Après ce détail nécessaire, venons au nouveau premier président.
Il porta k nom de sieur de Neufchàtel du vivant de son père. C'étoit un grand et gros homme , de figure colossale , trop marqué de petite vérole , mais dont toute la figure , jusqu'au visage , avoit beaucoup de grâce comme ses manières, et avec l'âge quelque ciiose de majestueux. Toute son étude fut celle du grand monde à qui il plut , et fut mêlé dans les meilleures compagnies de la cour et dans les plus gaillardes. D'a'lleurs il n'apprit rien et fut extrêmement débauché , tellement que son père le prit en teile aversion qu'il osoit à peine paroître devant lui. Il ne lui épargnoit pas les coups de bâton, et lui jetoit quelquefois des assiettes à la tète, ayant bonne compagnie à sa table, qui se mettoit entre-deux et tâchoit de les raccommoder souvent; mais le fils étoit incorrigible, et ne songeoit qu'à se divertir et à dépenser. Cette vie libertine le lia avec la jeunesse la plus distinguée qu'il recherchoit avec soin, et ne voyoit que le moins qu'il pouvoit de palais et de gens de robe. Devenu président à mortier par la mort de son père , il ne changea guère de vie, mais il se persuada qu'il étoit un seigneur, et vécut à la grande.
Les gens distingués qui fréquentoient la maison de son père , les alliances proches de M. de La Tréraoille, de M. d'Elbœuf , et des enfants de Mme de Vivonne qui vivoit et qui les lioit, le tentoient de se croire de la même espèce , gâté qu'il étoit par la même sorte de gens avec qui il avoit toujours vécu. Il n'oublia pas de lier avec les courtisans qu'il put atteindre. D'Antin fut de ce nombre par ses cousines; et par ces degrés, il parvint jusqu'à M. et Mme du Maine, qui, dans leurs projets, avoient besoin de créatures principales dans le parlement, et qui ne négligèrent pas de s'attacher un président à mortier. Celui-ci, ravi de s'en voir si bien reçu , songea à se faire une protection puissante du fils, favori du roi; et se dévoua jusqu'à la dernière indécence à toutes les fantaisies de Mme du Maine. Il y introduisit son frère le chevalier; ils furent de toutes les fêtes de Sceaux, de toutes les nuits blanches ', Le chevalier n'eut pas honte de jouer aux comédies, ni le président d'y faire le baladin, à huis clos entre une vingtaine de personnes. Il en devint l'esclave à n'oser ne pas tout quitter pour s'y rendre , et à se laisser peindre travesti , dans un tableau historique de ces gentillesses, avec des valets de Sceaux, à côté du suisse en livrée. Ce ridicule lui en donna beaucoup dans le monde, et déplut fort au parlement. Il le sentit, mais il étoit aux fers . et il importoit à ses vues de fortune de ne les pas rompre. Avançant en ancienneté parmi les présidents à mortier, il comprit qu'il étoit temps de fréquenter le palais un peu davantage . et la magistrature à qui sa négligence à la voir avoit marqué trop de mépris. Il ne crut pas même indifférent de s'abaisser à changer un peu de manières pour les avocats, procureurs, greffiers un peu distingués; et néanmoins n'en refroidit pas son commerce avec les gens de la
\. Voy. i. m, p. 170, une note sur l'origine de ce nom donné aux fêtes de Sceaux.