‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 179 sur 345 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Obs^-ques pontificales à Rome pour le Dauphin. — Époque et date de leur cessation à Rome et à Paris pour les papes ol pour nos rois. — Étrange pensée de ravchevêque de Reims sur le duc de Noailles. — ^ Pourquoi [il éloil] mal avec les Noailles. — Embarras du P. La Rue qui surprend élrangement le roi du changement de confesseur. — Appareil funèbre cbdz la Dauphine. — Prétention des évêques refusée. — Règles de ces choses. — Carreau et goupillon, à qui donnés et par qui présentés. — Annonce à haute voix ; pour qui. — Garde par les dames, et quelles. — Première garde; comment réglée par le roi entre les duchesses et la maison de Lorraine. — Eau bénite de peu du sang royal et du comte de Toulouse, et point d'autres. — Le corps du Dauphin porté sans cérémonie prés de celui de la Dauphine. — Transport en cérémonie des deux cœurs au Val-de-Grâce. — Mgr le duc de Bretagne Dauphin. — Madame entre les soirs dans le cabinet du roi après le souper. — M. le duc d'Orléans, seul de tous les princes.

donne en cérémonie l'eau bénite au Dauphin. — Convoi des deux corps à Sainl-Denis en cérémonie. — Retour du roi à Versailles, où il voit en passant la foule des mantes et des manteaux, qui vont après chez tout le sang royal sans ordre et pour la première fois. — Privance de la duchesse du Lude. — Le roi voit à la fois tous les ministres étrangers en manteaux ; reçoit les harangues des autres. — Extrémité des deux jeunes fils de France, (juisont nommés sans cérémonie. — Mort du petit Dauphin. — Le roi d'aujourd'hui comment sauvé. — Le corps et le cœur du petit Dauphin portés sans cérémonie près de ceux de M. [le Dauphin] et de Mme la Dauphine. — M. le duc d'Anjou, aujourd'hui roi, succède au titre et au rang de Dauphin, — Douleur de M. le duc de Berry, et en Espagne. — Singularité des obsèques jusqu'à Saint-Denis. — Deuil aussi singulier que ces obsèques. — État du duc de Beauvilliers et le mien. — Cassette du Dauphin qui me met en grand péril, dont l'adresse du duc de Beauvilliers me sauve.

La consternation fut vraie et générale. Elle pénétra les terres et les cours étrangères. Tandis que les peuples pleuroient celui qui ne pensoit qu'à leur soulagement, et toute la France un prince qui ne vouloit régner que pour la rendre heureuse et florissante, les souverains de l'Europe pleurèrent publiquement celui qu'ils regardoient déjà comme leur exemple, et que ses vertus alloient rendre leur arbitre, et le modérateur paisible et révéré des nations. Le pape en fut si touché qu'il résolut de lui-même , et sans aucune sorte d'office, de passer par-dessus toutes les règles et les formalités de sa cour, et il en fut unanimement applaudi. Il tint exprès un consistoire, il y déplora la perte infinie que faisoit l'Église et toute la chrétienté ; il fit un éloge complet du prince qui causoit leurs justes regrets et ceux de toute l'Europe. Il y déclara enfin que , passant , en faveur de ses extraordinaires vertus et de la douleur publique , par-dessus toute coutume , il en feroit lui-même dans sa chapelle les obsèques publiques et solennelles. Il en indiqua tout de suite le jour; le sacré collège et toute la cour romaine y assista, et tous applaudirent à un honneur si insolite. Il avoit toujours été rendu réciproquement aux papes en France et à nos rois à Rome , mais non à leurs enfants , jusqu'à la mort d'Henri III.

Sixte V , qui avoit ouvert les yeux au célèbre duc de Nevers qui l'étoit allé consulter sur la Ligue , et qui lui-même ne l'avoit favorisée que le moins qu'il avoit pu , qui loua publiquement Henri III de s'être défait du duc de Guise, devint furieux deux jours après, lorsqu'il apprit que le cardinal de Guise avoit eu le même sort. Il excommunia Henri III, et quoi que ce prince pût faire dans le peu de temps que les Guise le laissèrent vivre depuis, il demeura excommunié même après sa mort, quoique , dans le court espace qu'il vécut après avoir été frappé , il eût fait tout ce qui lui fut possible pour mourir en bon chrétien , qu'il eût été réconcilié à l'Église, et qu'il eût reçu tous les sacrements. Tout ce que la reine sa veuve fit de démarches à Rome par le célèbre d'Ossat, depuis cardinal, toute l'adresse, l'éloquence , la force des raisons et des offices qu'il y employa, toute la considération personnelle que ce grand homme s'y étoit acquise , furent inutiles pour obtenir les obsèques accoutumées pour nos rois. En revanche, on cessa en France de les faire

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