‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 19 sur 345 · FORCE PRÉTENTIONS SEMBLABLES · texte numérisé non relu

FORCE PRÉTENTIONS SEMBLABLES

différentes. C'étoit néanmoins ce qui nous pouvoit arriver de mieux que de gagner en luttant, et de nous consumer en luttes.

Nous ne cessions de nous plaindre de ces amas de prétentions et de procès , que nous nous voyions pendre sur la tête par le fait de d'Antin , que son exemple avoit ranimés; et nous nous servions de ce débordement pour aggraver l'importance de laisser les choses dans les règles de tout temps suivies et reconnues. D'Antin, qui s'en aperçut, et que ce que nous alléguions là-dessus ne nous étoit pas inutile, sut tourner court, et prendre au bond cette balle avec finesse pour s'en servir luimême avec avantage.

Outre tout le mauvais de sa cause en soi , dont il fut toujours trèspersuadé , comme il nous l'a avoué depuis , il sentoit l'extrême embarras où il alloit tomber par nos fins de recevoir qu'il ne pouvoit assez s'étonner que nous eussions découvertes , ce qui étoit l'ouvrage de Vesins , l'un de nos meilleurs avocats. La clause dirimante par la mésalliance de Zamet , de laquelle seule il tiroit son prétendu droit , étoit sans réponse ; et il n'avoit garde d'être tranquille sur son acquisition d'Épernon , autre fait dirimant. Monseigneur qui y étoit mêlé eût pu le lui reprocher durement , et donner lieu à ces ennemis de Meudon , qui commençoient à prévaloir, de lui faire un crime auprès de ce prince d'avoir abusé de sa faveur pour une acquisition dont il ne lui avoit pas montré l'objet, et lui faire faire ainsi bien du chemin dans la descente. II s'y joignoit un malaise du roi importuné de ses absences , qui pouvoit aisément se tourner en dégoût , ou en habitude de se passer de lui pour les bagatelles dont il savoit faire un si habile usage.

Un contraste assez ferme qu'il eut à la porte de Dongois, greffier du parlement, avec les ducs de Charost et de Berwick sur des procédés, et qui furent poussés assez loin de la part des nôtres sur quelques longueurs dont il voulut se plaindre , tandis qu'il nous y avoit forcés par un piège , et la hauteur dont la chose fut prise de notre part à tous , enfin le changement de l'air du monde et même de celui de la cour, le bruit sourd du palais qui ne lui étoit pas favorable , toutes ces choses ensemble l'avoient effrayé dès le carême, jusqu'à le désespérer intérieurement du succès , et lui faire craindre de perdre encore autre chose que son procès.

Ces mêmes choses firent une impression pareille au duc de Chevreuse pour ce qui le regardoit, qui, né timide et chancelant, crut voir sa condamnation écrite par les épines que le favori éprouvoit. Ennemis de cabale , et sur toute autre chose , mais liés tous deux sur ces matières , tant l'intérêt a de pouvoir jusque sur les plus honnêtes gens tels que l'étoit Chevreuse, il tourna ses pensées au souvenir d'un règlement général projeté lors du procès de feu M. de Luxembourg, et il espéra du crédit de d'Antin de remettre ce règlement sus , et de faire passer son second fils duc de Chaulnes avec lui, en abandonnant leurs prétentions de l'ancienneté d'Épernon et de celle de Chevreuse. Ce point si funestement capital mérite d'être un peu plus expliqué dès son origine.

Lors du plus grand mouvement, en 1694, du procès entrepris par M. de Luxembourg contre ses anciens, il fut fait un projet, que j'igno-

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