MORT DE MADAME DE VILLACERF
sœur , en même temps extrêmement du grand monde , et y vit dans la dévotion. Ces Conflans se prétendent issus de mâles en mâles de la maison de Brienne si connue par son antiquité , ses grands fiefs, ses grandes alliances, ses grands emplois, ses connétables, ses chambriers' , et par des rois de Jérusalem et des empereurs de Constantinople , et ils sont donnés comme tels dans la généalogie de cette maison , donnée parmi celle des connétables par les continuateurs de du Fourny et du P. Anselme.
Mme de Villacerf, veuve de Villacerf qui avoit eu les bâtiments , et [qui avoit] été si bien avec le roi , et mère du premier maître d'hôtel de la Dauphine qu'on venoit de perdre, mourut fort vieille d'une saignée qui lui fut faite pour quelques légers accès de fièvre , où on lui coupa le tendon.
Mme Bouchu, veuve du conseiller d'État et mère de la comtesse de Tessé, fut plus heureuse. Elle cachoit un cancer depuis longtemps, dont une seule femme de chambre avoit la confidence. Avec le même secret elle mit ordre à ses affaires , soupa en compagnie , se fit abattre le sein le lendemain de grand matin , et ne le laissa apprendre à sa famille ni à personne que quelques heures après l'opération ; elle guérit parfaitement Après tant de courage et de sagesse , [on la vit] , pas longues années après, épouser le duc de Châtillon cul-de-jatte, pour la rage d'être duchesse , pour ses grands biens , et longtemps après mourir d'une fluxion de poitrine pour avoir voulu aller jouir de son tabouret à Versailles par le grand froid.
La marquise d'Huxelles, mère du maréchal, mourut en ce même temps à quatre-vingt-cinq ou six ans, avec la tête entière et la santé parfaite jusqu'alors. Elle étoit fille du président Le Bailleul, surintendant des finances; son père, son frère, son neveu et son petit-neveu, tous présidents à mortier-, et veuve en premières noces du frère aîné de Nangis, père du maréchal de Nangis, dont elle a touché soixante et dix ans durant six mille livres de douaire. C'étoit une femme de beaucoup d'esprit , qui avoit eu de la beauté et de la galanterie , qui savoit et qui avoit été du grand monde toute sa vie , mais point de la cour. Elle étoit impérieuse et s'étoit acquis un droit d'autorité. Des gens d'esprit et de lettres, et des vieillards de l'ancienne cour , s'assembloient chez elle, où elle soutenoit une sorte de tribunal fort décisif. Elle conserva des amis et de la considération jusqu'au bout ; son fils , qu'elle traita toujours avec hauteur , ne fut jamais trop bien avec elle , et ne la voyoit guère.
Le bailli de Noailles mourut aussi à Paris , à l'archevêché , où le cardinal son frère l'àvoit retiré depuis quelque temps , que ses affaires se trouvoient fort délabrées. Il avoit deux belles commanderies . et il étoit ambassadeur de Malte. C'étoit un très-bon homme et honnête homme, tout uni , qui avoit été fort libertin toute sa vie , et qui à la fin pensoit à son salut.
Le P. Tellier jugea que le P. La Rue avoit besoin de quelque marque
i. La charge des chambriers était à peu près la même que celle des chambellans ; ils avaient en outre la garde du trésor royal.
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de considération après ce qui lui étoit arrivé à la mort de la Dauphine. Le roi le nomma donc confesseur de M. le duc deBerry, et déclara qu'il réservoit pour le petit Dauphin le P. Martineau, qui l'étoit de celui dont la perte affligeoit toute l'Europe. En même temps ces pères, accoutumés à tirer parti de tout, firent grand bruit d'un mémoire trouvé dans les papiers du Dauphin sur l'affaire du cardinal de Noailles, qui ne lui étoit rien moins que favorable. Ils l'envoyèrent à Rome et le firent imprimer. Ce mémoire au moins ne fut pas trouvé dans sa cassette, à ce qu'on a pu voir plus haut; il put l'être d'ailleurs; c'est ce qui ne peut se discuter avec exactitude. Je puis hardiment protester de la mienne sur les sentiments de ce prince que j'ai rapportés et sur ce qui s'est passé de lui à moi et encore si peu de jours avant la mort de Mme la Dauphine, et c'est-à-dire avant la sienne. Ce mémoire , s'il est tel qu'on l'a publié, a pu être des commencements de l'affaire, dans l'esprit de M. de Cambrai et dans les préjugés des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers. Il a pu jeter sur le papier le pour en attendant le contre ; on a donné ce pour , et si le contre s'est trouvé il a été bien supprimé. Ce qui me fait en juger ainsi est la différence entière de ce mémoire avec les sentiments dans lesquels je ne puis douter que ce prince soit mort, et qu'il étoit trèsincapable de me vouloir tromper ni personne en me mentant sans aucune raison ni besoin, et voulant se servir de moi dans cette même affaire, où il auroit été étrangement peu d'accord avec soi-même , ce qui étoit radicalement opposé à son caractère. La cabale ennemie du cardinal de Noailles ne laissa pas de triompher, armée de ce grand nom, mais ce triomphe , bâti sur un fondement si peu solide par le tissu même de l'écrit tel qu'ils le publièrent, ne fut pas de longue durée. Il tomba bientôt de lui-même, mais c'en fut toujours assez pour éblouir et pour gagner du temps.
On fit à Saint-Denis, le lundi 18 avril, le service et l'enterrement des deux Dauphins et de la Dauphine, épouse et mère. M. le duc d'Orléans et M. le comte de Charolois y furent les princes du deuil. Il fut singulier qu'il n'y en eut pas un troisième. Le roi qui avoit envoyé le comte de Toulouse à l'eau bénite , et le duc du Maine au convoi , comme princes du sang , trouva apparemment trop fort d'y faire figurer un d'eux à Saint-Denis. Il y eut pourtant trois princesses du deuil, parce que la cérémonie étoit double pour prince et pour princesse : Mme la duchesse de Berry , menée par Coettenfao , son chevalier d'honneur , sa queue portée par le comte de Roucy , Biron et Montendre ; Mme la Duchesse , menée par le comte d'Uzès, sa queue fort inégalement portée par Montpipeaux, qui étoit Rochechouart, et L'Aigle, fils de sa dîme d'honneur. Mlle de Bourbon , menée par Blansac , sa queue portée par Montboissier et d'Angennes. Les princes ne les menèrent point à cause de l'inégalité du nombre, cela devoit être ainsi; mais M. le duc de Berry se résolut à y aller et fut ainsi le premier prince du deuil. Néanmoins on ne changea rien et les princes ne menèrent point les princesses. Le duc de Beauvilliers eut le courage d'y porter la queue de M. le duc de Berry, assisté du marquis de Béthune , son premier gentilhomme de la chambre , et de Sainte-Maure , son premier écuyer.