SERVICE DU DAUPHIN ET DE LA DAUPHINE
Je ne sais plus les deux autres queues. Quatre menins pour le dais du Dauphin, quatre autres pour celui de la Dauphine; à celle de Bavière c'étoient quatre chevaliers de l'ordre . en pointe avec le collier , MM. de Beuvron , Lavardin , La Salle et La Vauguyon. Dangeau , chevalier d'honneur de l'une et de l'autre à leur mort, avec un maréchal de France premier écuyer , eut le même dégoût à toutes les deux. Le maréchal de Bellefonds, premier écuyer, porta la couronne au lieu de lui, et Montchevreuil le manteau à la royale au lieu du maréchal à la mort de la dauphine de Bavière. A celle-ci le maréchal de Tessé, premier écuyer, porta la couronne au lieu de Dangeau, et d'O le manteau en la place du maréchal. Tout se fit avec les cérémonies et l'assistance accoutumée.
On fut assez content de l'oraison funèbre prononcée par Maboul , évêque d'Aleth. M. de Metz, premier aumônier, officia; la cérémonie commença sur les onze heures. Comme elle est fort longue, on s'avisa de mettre sur la crédence un grand vase rempli de vinaigre, en cas que quelqu'un se trouvât mal. M. de Metz, ayant pris la première ablution et voyant au volume des petites burettes qu'il restoit peu de vin pour la seconde, en demanda davantage. On prit donc ce grand vase sur la crédence , pensant que ce fût du vin, et M. de Metz, qui se voulut fortifier, dit, en lavant ses doigts sur le calice, de verser tout plein. Il l'avala d'un trait et ne s'aperçut qu'à la fin qu'il avoit avalé du vinaigre; sa grimace et sa plainte fit un peu rire autour de lui , et lui-même conta après son aventure , dont il fut très-mécontent. J'allai voir le lendemain M. de Beauvilliers , dont la santé souff"rit de cette cruelle cérémonie. Je lui dis en l'embrassant : Vous venez donc d'enterrer la France? lien convint avec moi. Hélas! s'il étoit au monde, combien plus en seroit-il persuadé aujourd'hui. Achevons tout d'un trait ce terrible calice en intervertissant peu les temps. La présence des corps dans le chœur de Saint-Denis avoit fait différer l'anniversaire de Monseigneur. M. de Metz y officia le jeudi 21 avril avec l'assistance accoutumée , où se trouvèrent M. le duc de Berry , M. le duc d'Orléans, MM. les comtes de Charolois et prince de Conti; le roi y fit aller aussi le duc du Maine et le comte de Toulouse.
Le mardi 10 mai , le service se fit à Notre-Dame pour M. [le Dauphin] et Mme la Dauphine. M. le duc de Berry, M. le duc d'Orléans et M. le comte de Charolois furent les trois princes du deuil, Mme la duchesse de Berry , Mlle de Bourbon et Mme de Charolois furent les princesses. Là comme à Saint-Denis ce dévoient être Madame et Mme la duchesse d'Orléans , parce que le deuil doit être du même rang que de ceux dont on fait le deuil , ou du plus approchant quand le même est impossible. Mais jusqu'aux princesses du sang en usent comme pour une garde de fatigue, et le roi ne s'en soucioit pas. La queue de M. le duc de Berry fut étrangement portée par Sainte-Maure, son premier écuyer, Pons, maître de sa garde-robe, et, ce qui surprit fort, par La Haye, trèsmince gentilhomme , qui , de page du roi , étoit devenu son écuyer particulier , et qui , depuis qu'il eut une maison , commanda son équipage de chasse , chose même dont on fut d'autant plus scandalisé que ce fut l'ouvrage de Mme la duchesse de Berry. M. le duc d'Orléans eut la