‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 244 sur 345 · Le nom csl ca blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Le nom csl ca blanc dans le manuscrit

336 DUCS d'hamilton et d'aumont. [1712]

qui , entêté de pairie , lui tournois la tête sur les formes , et arrêtois la paix.

Torcy , avec qui je n'avois pas la plus légère habitude, et qui étoit ami de beaucoup de gens avec qui je ne frayois pas , alla rendre au roi ce que Nancré lui avoit rapporté. Le roi en colère en parla à M. le duc de Berry, et lui cita ses auteurs. J'en fus incontinent averti par M. le duc de Berry même. Cela m'engagea à le prier de trouver bon que je ne )e visse plus du tout pour ôter au roi tout prétexte , et que notre commerce se continuât par Mme de Saint-Simon et M. le duc d'Orléans, par qui il avoit toujours passé , en sorte même que je n'avois vu que peu et rarement M. le duc de Berry en particulier. Je ne pouvois en user de même sans éclat avec M. le duc d'Orléans, ainsi je me résolus à ce qui pourroit en arriver. Je me plaignis amèrement à lui de la scélératesse de Nancré , qui s'enfuit à Paris aussitôt, et ne reparut de longtemps. Le roi néanmoins ne me fit semblant de rien ; et comme en effet je parvins à ramener les deux princes à se contenter de l'enregistrement fait en présence des pairs , cette friponnerie de Nancré et ce mauvais office de Torcy n'eurent aucune suite. Je le laissai tomber et ne crus pas devoir dire ni faire dire au roi quoi que ce soit là-dessus.

Quelque dépit et quelques obstacles que les alliés apportassent à la paix . les choses étoient tellement avancées avec l'Angleterre , que le duc d'Aumont fut nommé pour y aller en ambassade , sur ce que le duc d'Hamilton fut déclaré ambassadeur en France. M. d'Aumont étoit alors fort en liaison avec le duc de Noailles et moi , et j'aurai lieu d'en parler dans les suites. 11 eut vingt-quatre mille écus d'appointements par an , vingt-quatre mille livres pour dédommagement de la perte du change , et cinquante-quatre mille livres pour ses équipages et pour trois mois d'avance. Il eut de plus cinq cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge de premier gentilhomme de la chambre , et fut chevalier de l'ordre, seul et extraordinairement à une messe basse avant son départ. C'est le dernier que le roi ait fait.

Le duc d'Hamilton étoit un assez jeune seigneur , fort du parti de la reine et considéré. Il étoit Douglas. Anne Hamilton, fille aînée du dernier Jacques, marquis d'Hamilton, avoit épousé Guillaume Douglas, comte de Selkirk. Le marquis d'Hamilton fut fait duc et chevalier de la Jarretière par Charles I" , et après diverses fortunes eut la tête coupée peu de jours après cet infortuné monarque. Charles II, son fils, après son rétablissement, fit duc d'Hamilton ce comte de Selkirk, gendre du dernier duc d'Hamilton , qui n'avoit point laissé de garçons : et ce nouveau duc d'Hamilton eut avec la dignité presque tous les biens de son, beau-père qui lui furent restitués . dont il prit le nom et les armes. C'est le grand-père ou le bisaïeul de celui dont il s'agit ici. l^e parti contraire à la reine , outré de n'avoir pu empêcher la paix , se rabattit faute de mieux à lui faire toutes les sortes de dépits qu'il put. Hamilton avoit gagné un procès depuis peu en plein parlement contre milord Mohun , du parti contraire. Ce parti le piqua tant qu'il put, et le força presque malgré lui à se battre avec Hamilton. Mohun fut tué sur la place, mais Macartnay , qui lui servit de second , enfila sur-le-champ le duc d'Ha-

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