CHAPITRE XXIII
Le roi à Rambouillet. — Mort de Ribeire, conseiller d'Étal; sa place donnée à La Bourdonnaie, son gendre. — Mort de Godolphin. — Le Qiiesnoy rendu à discréiion, — Bouchain ; la garnison prisonnière. — Valory et Varennes gouverneurs. — Chàlillon brigadier, depuis duc et pair et gouverneur de Mgr le Dauphin. — Perle de la Quenoque. — Les campagnes finies. — Retour des généraux d'armée à la cour. — Montesquiou demeure à commander en Flandre. — Princesse des Ursins aux eaux de Bagnères; Chalais l'y va trouver; pompe de cette dame. — Survivance du gouvernement de Lyon, etc., au duc de Villeroy, et les lieutenances à ses fils. — Villars gouverneur de Provence; Saillant gouverneur de Metz; Tessé général des galères. — Les frères Broglio gouverneurs de Gravelines et du Mont-Dauphin. — Dangcau donne à son fds son gouvernement de Touraine. — Comte de Toulouse et d'Antin achètent leurs maisons à Paris. — Quatre cent mille livres d'augmentation de pension à M. le duc de Berry ; il entre au conseil de dépêches. — La musique du roi à la messe de Mme la duchesse de Berry, — Hammer à la cour; merveilleusement reçu; quel est cet Anglois. — Duchesses, etc., conservent leur nom et leur rang en se remariant au-dessous de leur premier mari, en Angleterre. — Marlborough se retire en Allemagne ; quelle y étoit sa principauté de l'empire. — Renonciation du roi d'Espagne à la couronne de France en pleines corlès. — Lettre tendre qu'il écrit là-dessus à M. le duc de Berry. — Mort de l'abbé d'Armagnac. — Mort du duc de Chevreuse. — Anecdotes sur sa famille, sur lui, sur la duchesse sa femme. — Mort du duc Mazarin. — Anecdotes sur lui, sur sa iamille, sur leur fortune. — Mort de la duchesse de Charost. — Mort du duc de Sully. — Berwick en Roussillon, etc. — Chamillart revoit le roi. — Plénipotentiaires d'Espagne. — Besons joué par Mme la duchesse de Berry.
— Mme de Pompadour gouvernante des enfants de M. le duc de Berry. —
— La Mouchy el son mariage. — Mariage de Meuse avec Mlle de Zurlauben. — Musiques et scènes de comédies chez Mme de Mainlenon. — Le maréchal de Villeroy y est admis. — Dessoin sur lui. — Gouvernement de Guyenne donné au comte d'Eu. — Conduite des ducs de La Rochefoucauld dans leur famille. — État de celte famille. — Désir, jalousie, vains efforts ■ des ducs de La Rochefoucauld pour le rang de prince étranger. — Duc de La Rochefoucauld obtient la distraction du duché de La Rocheguyon avec la dignité pour son second petit-fils et sa postérité, au préjudice de l'aîné.
— Ce cadet duc par démission de son père. — Nouveaux efforts inutiles sur l'abbé de La Rochefoucauld, qui, moyennant un bref, prend l'épéc et va mourir à Bude.
Le roi alla les premiers jours d'octobre passer une semaine chez M. le comte de Toulouse à Rambouillet, avec un très-court accompagnement-
[1712] MORT DE RIBEIRE. 341
Excepté sa propre table, M. le comte de Toulouse fit et magnifiquement la dépense de tout le reste. Le roi y fit une chose contre sa coutume. Ce fut de permettre à La Bourdonnaie d'y venir lui parler, et de lui donner la place de conseiller dEtat, vacante par la mort de Ribeire, son beau-père, car il évitoit toujours ces espèces de successions dans les familles. Le beau-père étoit d'une grande réputation et parfaitement intègre; le gendre s'en étoit acquis daus les grandes intendances.
Ce fut aussi où on apprit la mort de Godolphin , naguère grand trésorier d'Angleterre , espèce de premier ministre , et le chef du parti whig dont le fils avoit épousé la fille du duc de Marlborough, chez qui il mourut de la taille, à la campagne, et ces deux hommes ne furent jamais qu'un. Ce fut un grand soulagement pour la reine et pour son nouveau ministère, un grand abattement pour le parti qui lui étoit opposé , et le dernier coup du revers de la fortune pour le duc de Marlborough.
Le roi y reçut aussi la nouvelle de la prise du Quesnoy par M. de Châtillon, qui a fait depuis une si grande fortune et si peu espérée, que Voysin , son beau-père , lui amena à son travail. La place se rendit à discrétion. Ils étoient encore onze à douze cents hommes sous les armes , et il s'y trouva un grand amas d'artillerie et de munitions. Châtillon fut fait brigadier pour la nouvelle, et Valory eut le gouvernement de la place dont il avoit conduit les travaux du siège. Aussitôt après, le maréchal de Villars fit le siège de Bouchain , qui se rendit peu de jours après , la garnison prisonnière de guerre. Villars envoya la nouvelle par le comte de Choiseul , son beau-frère , et la garnison à Reims , avec le gouverneur, parce que c'étoit lui qui avoit fait, cette même campagne, une course en Champagne qui avoit fort efi'rayé ce pays. Le gouvernement de 'Bouchain fut rendu à Varennes qui i'avoit auparavant. Cette conquête fut une consolation de la perte de la Quenoque , qui venoit d'être surpris par un partisan d'Ostende à l'ouverture des portes , qui s'étoit faite par l'aide-major, sans découverte ni la moindre précaution. Ainsi finit la guerre cette année. Les armées d'Allemagne et de Savoie venoient de se séparer , et les maréchaux d'Harcourt et de Berwick arrivèrent à la cour incontinent après, et en même temps le maréchal de Villars. Montesquieu demeura à commander en Flandre.
Mme des Ursins fit en même temps un voyage à Bagnères pour une enflure de genou, escortée par un détachement des gardes du corps du roi d'Espagne , en avant-goût de la souveraineté dont elle se flatloit. Chalais l'y alla trouver de Paris. Son retour à Madrid ne fut pas moins pompeux.
En ce même temps-ci le roi fit plusieurs grâces. Le maréchal de Villeroy eut pour le duc de Villeroy la survivance de son gouvernement; la lieutenance générale qu'il en avoit , pour le marquis de Villeroy son petit-fils , et la lieutenance de roi de celui-ci à son frère. Le maréchal de Villars obtint le gouvernement de Provence; celui de Metz qu'il avoit fut donné à Saillant; la charge de général des galères au maréchal de Tessé , absent , et qui ne I'avoit pas demandée , avec le pareil brevet