‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 25 sur 345 · CHIMÈRES DE CHEVREU5E ET DE CHAULNES · texte numérisé non relu

CHIMÈRES DE CHEVREU5E ET DE CHAULNES

il en reçut ordre de les revoir pour lui en pouvoir rendre compte. On en étoit là lorsque la semaine sainte sépara la compagnie, qui fut suivie d€ celle de Pâques , et tout de suite de la maladie et de la mort de Monseigneur, sur laquelle il nous parut indécent de commencer nos plaidoiries, que nous remîmes à un peu d'éloignement de concert avec d'Antia et le premier président. Je prendrai cet intervalle pour exposer cûurtement l'intérêt du duc de Ghevreuse , qui prétendoit en avoir deux, l'un et l'autre parfaitement pitoyables.

Sans s'étendre sur la prodigieuse fortune des Luynes ni sur leur généalogie, tout le monde sait que MM. de Luynes, Brantes et Cadenet' étoient frères ; que l'aîné fut duc et pair de Luynes et connétable ; que Brantes fut duc et pair de Piney-Luxembourg par son mariage, dont il a été amplement parlé en son lieu sur le procès de préséance prétendue par le maréchal-duc de Luxembourg; et que Cadenet, ayant épousé l'héritière d'Ailly , fut fait duc et pair de Chaulnes , étant déjà maréchal de France. Il résulte de là qu'il étoit oncle du duc de Luynes , et grandoncle du duc de Chevreuse. Cette érection est de mars 1621 , huit mois avant la mort du connétable. M. de Chaulnes laissa deux fils. L'aîné, gendre du premier maréchal de Villeroy, mourut sans enfants. Son frère cadet devint ainsi duc de Chaulnes. Il fut célèbre par sa capacité dans ses diverses ambassades , gouverneur de Bretagne , puis de Guyenne , et il a été souvent fait mention de lui ici en divers endroits. Il étoit donc cousin germain du duc de Luynes, père du duc de Chevreuse. Lorsque ce dernier épousa la fille aînée de M, Colbert, au commencement de 1667, M. de Chaulnes fit donation de tous ses biens au second mâle qui naîtroit de ce mariage , au cas qu'il n'eût point d'enfants. Le cas arriva en 1C98 ; et le vidame d'Amiens, second fils du duc de Chevreuse . hérita des biens de M. de Chaulnes fort chargé de dettes, dont il ne s'étoit pas soucié de débarrasser son héritier, et le duché de Chaulnes fut éteint. M, de Chevreuse étoit petit-fils du connétable, et ne venoit point du premier duc de Chaulnes, le duché de Chaulnes n'étoit que pour l'impétrant et les mâles issus de lui , aucun autre n'y étoit appelé : rien donc de plus manifeste que son extinction à faute d'hoirs mâles issus par mâles de l'impétrant. M. de Chevreuse de plus étoit personnellement exclu des biens du dernier duc de Chaulnes par son propre contrat de mariage, qui étoient donnés au second fils qu'il auroit , tellement que . à toute sorte de titres on ne peut concevoir quel pouvoit être le fondement de M. de Chevreuse de prétendre pour lui-même, et aussi pour son second fils, la dignité de Chaulnes, dont lui ne pouvoit posséder le duché , et auquel lui et ses enfants n'étoient point appelés, ni sortis du premier duc de Chaulnes. A force d'esprit et de désir, d'interprétations sans bornes des termes de successeurs et ayants cause employés dans l'érection de Chauhies , comme en toutes

i. Les trois frères dont parle Saint-Simon élaient : Charles d'Albert, duc de Luynes, Honoré d'Albert, seigneur de Cadene», et Léon d'Albert, eeigneur de Branles au coratal Venaissin, et non de Brancas, comme on l'a imprima dans les précédentes édilions.

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