‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 262 sur 345 · GIRONE DÉLIVRÉ ET RAVITAILLÉ · texte numérisé non relu

GIRONE DÉLIVRÉ ET RAVITAILLÉ

Bockley , frère de la duchesse de Berwick , apporta au roi, le 12 janvier , la nouvelle de la retraite de Staremberg , le 3 au soir , vers Ostalric , qui avoit levé le blocus de Girone , voyant arriver le duc de Berwick avec ses troupes. Berwick envoya aussitôt relever la garnison , et tout le pays s'empressa d'y porter toutes sortes de vivres. On y mit aussi force munitions et des vivres pour un an. Berwick observa les ennemis jusqu'à ce que tout fût entré dans Girone , et qu'ils fussent retirés à demeure ; il revint aussitôt après à la cour , où il fut parfaitement bien reçu. Brancas en eut la Toison , et fort peu après fut nommé ambassadeur en Espagne , où on l'envoya sans le laisser revenir à Paris. Bockley en fut brigadier.

Les parties particulières devinrent de plus en plus fréquentes chez Mme de Maintenon. Dîners, musiques, scènes de comédies, actes d'opéra, loteries toutes en billets noirs; mêmes dîners à Marly, quelquefois à Trianon , et toujours le même très-petit nombre et les mêmes dames, toujours le maréchal de Villeroy aux musiques et aux pièces; très-rarement M. le comte de Toulouse qui aimoit la musique, presque jamais M. du Maine, et nul autre homme sans aucune exception, que des moments le capitaine des gardes en quartier , quand il venoit dire au roi que son souper étoit servi , et que la musique n'étoit pas achevée. Matignon obtint la permission de se démettre en faveur de son fils de ses charges de Normandie, en retenant le commandement et les appointements toute sa vie. C'étoit un masque en usage depuis quelque temps pour suppléer aux survivances en les déguisant si grossièrement ainsi. D'Alègre, mort longtemps depuis maréchal de France, point du tout corrigé de l'alliance des ministres par toutes les indignités qu'il avoit essuyées de celle de Barbezieux, maria sa fille à Maillebois, avec sa lieutenance générale de Languedoc de vingt mille livres de rente. Le roi donna deux cent mille livres , Desmarets peu de chose ; la noce fut magnifique à Paris.

La maréchale de Noailles avoit encore une fille à marier , fort laide , qui comraençoit à monter en graine , et que pour cette raison ils appeloient la douairière. Elle obtint, pour la marier au fils du maréchal de Châteaurenauld bien plus jeune qu'elle , la lieutenance générale de Bretagne qu' avoit le maréchal, et lui donna d'ailleurs fort peu de chose. Châteaurenauld étoit fort riche , et n' avoit que ce fils qu'il mit ainsi dans une grande alliance dont il avoit grand besoin.

M. d'Isenghien épousa peu après Mlle de Rodes , malgré Mme de Rodes. La fille étoit en âge, et ses parents la soutinrent. Elle étoit riche, et je crois la dernière Pot, qui étoit une bonne, illustre et très-ancienne maison. Quelque temps après, Vieuxpont, officier général , veuf d'une fille de la princesse de Montauban et de Rannes , son premier mari , tué colonel général des dragons , épousa une fille de Beringhen , premier écuyer.

Le pape avoit réservé quatre chapeaux in petto dans la promotion qu'il avoit faite en 1712, pour les couronnes :il les déclara au commencement de cette année. Ce furent don Manuel Arias, archevêque de Séville, l'abbé de Polignac , Benoît Sala, bénédictin, évêque de Barce-

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