RÈGLEMENT EN VINGT-CINQ ARTICLES
mémoire de l'état des questions de mon droit, raisons et usages; qu'il voulût bien en demander autant au maréchal de Montrevel des siennes, que je savois qui alloit arriver à Paris, de juger lui-même les questions et les prétentions entre M. son fils et moi , puisque Montrevel n'en tenoit que la place , de demander après au roi de tourner en règlement perpétuel ce qu'il auroit jugé, afin que je m'ôlasse de la tête ce qui me seroit ôté , et qu'une fois pour toutes aussi je demeurasse certain et paisible dans ce qui me seroit laissé.
M. du Maine qui, de sa vie, quoi que j'eusse fait, n'avoit cessé de me rechercher, me combla de politesse et de remercîments d'un tel procédé, et accepta ce que je lui proposois. Montrevel arriva; il n'osa éviter le règlement, et d'en passer par où M. du Maine jugeroit à propos ; mais il fut si fâché de se voir au pied du mur sur des usurpations sans fondement, que je m'aperçus qu'il me saluoit fort négligemment avec une affectation marquée lorsque je le rencontrois, et à Marly où il vint cela étoit continuel, tellement que je me mis à le regarder entre deux yeux, et à lui refuser le salut tout net. Au bout de quelques jours de cette affectation de ma part , voilà un homme hors des gonds , qui va trouver M. du Maine , qui dit que je l'insulte , et qui se met aux plainte8 les plus vives. J'allai peu après chez M. du Maine pour mon affaire, A la fin de la conversation , il me parla de celle que le maréchal avoit eue avec lui , et me demanda ce que c'étoit que cela. Je le lui dis et j'ajoutai que je ne craignois pas, depuis que je vivois dans le monde, d'être accusé de manquer de politesse avec qui que ce fût, mais que je n'étois pas accoutumé aussi que qui que ce fût s'avisât de prendre des airs avec moi ; que ceux de Montrevel m'avoient engagé à lui marquer que je méprisois les fats et les matamores, et que je ne le faisois que pour qu'il le sentît. M. du Maine me voulut arraisonner sur le lieu où nous étions , sur ce qui pouvoit résulter d'être ainsi sur le pied gauche avec un homme qu'on rencontroit à tous moments , et qu'il y avoit des sottises dont il ne falloit pas s'apercevoir ou en rire. Je répondis que j'en riois aussi, mais que de laisser faire des sottises à mon égard, je n'y étois pas accoutumé, et que le maréchal m'y accoutumeroit moins qu'homme du monde ; que je coraprenois fort bien , le connoissant aussi fou qu'il étoit, qu'il étoit capable d'une incartade, mais que je me croyois bon aussi pour la lui faire rentrer au corps , et le roi trop juste pour ne s'en pas prendre à qui la feroit, non à qui l'essuieroit et la repousseroit, et qu'en deux paroles Montrevel pouvoit compter que je ne changerois pas de manières avec lui qu'il n'en changeât et totale- . ment le premier avec moi; qu'au demeurant s'il n'étoit pas content il ' n'avoit qu'à prendre des cartes. Je me séparai là-dessus d'avec M. du Maine, qui ne trouva point mauvais ce que je lui dis, mais qui auroit désiré autre chose.
Je n'ai point su ce qu'il dit à Montrevel , mais à deux jours de là , je fus surpris de voir Montrevel qui m'évitoit souvent, et qui pouvoit alors le faire aisément, m'àttendre à sa portée, et me faire devant beaucoup de monde dans le salon la révérence du monde la plus profonde, la plus marquée, la plus polie. Je la lui rendis honnête, et depuis cè