‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 287 sur 345 · NOMBRE DE PAIRS ET DE PAIRIES · texte numérisé non relu

NOMBRE DE PAIRS ET DE PAIRIES

de dix-huit pairs laïques : les absents étoient deux princes du sang enfants, deux pairs ecclésiastiques cardinaux, dix pairs absents ou malades, neuf non reçus, la plupart trop jeunes, et six qui, ayant donné leur démission à leur fils ou frère , n'entroient plus au parlement. Cela faisoit alors sept pairies ecclésiastiques, et sept archevêques ou évêquespairs . trente-sept duchés-pairies laïques, et par les démissions quarantedeux ducs et pairs , sans compter les bâtards. Ils étoient donc vingt-cinq absents par diverses causes , et M. le duc de Berry compris . nous étions vingt-neuf en séance. Elle auroit bien valu la peine que le chancelier fût venu la tenir : il n'aimoit pas les cérémonies ; il n'étoit jamais venu au parlement depuis qu'il étoit chancelier : ce qui se devoit passer lui semiilûit peu dans les règles. Le roi , qui n'avoit consenti qu'à peine à tout ce qui passoit la solennité d'un enregistrement ordinaire , ne lui proposa point d'y aller, et lui étoit encore plus éloigné de se le faire dire, et d'avoir envie de s'y trouver.

M. le duc de Berry en place , on eut assez de peine à faire faire silence. Sitôt qu'on put s'entendre , le premier président fit son compliment à M. le duc de Berry. Lorsqu'il fut achevé, ce fut à ce prince à répondre. Il ôta à demi son chapeau, le remit tout de suite, regarda le premier président, et dit : « Monsieur.... » Après un moment de pause, il répéta : « Monsieur.... » Il regarda la compagnie, et puis dit encore : « Monsieur.... » Il se tourna à M. le duc d'Orléans, plus rouges tous deux que le feu . puis au premier président, et finalement demeura court sans qu'autre chose que «Monsieur» lui pût sortir de la bouche. J'étois vis-àvis du quatrième président à mortier, et je voyois en plein le désarroi (le ce prince : j'en suois, mais il n'y avoit plus de remède. Il se tourna encore à M. le duc d'Orléans qui baissoit la tête. Tous deux étoient éperdus. Enfin, le premier président, voyant qu'il n'y avoit plus de ressource, finit celte cruelle scène en ôtant son bonnet à M. le duc de Berry, et s'inclinant fort bas comme si la réponse étoit finie , et tout de suite dit aux gens du roi de parler. On peut juger quel fut l'embarras de tout ce qui étoit là de la cour, et la surprise de toute la magistrature. Les gens du roi exposèrent donc de quoi il s'agissoit, et en firent après une longue pièce d'éloquence : c'étoit de retirer des registres du parlement les lettres patentes qui conservoient le droit à la couronne de France au roi d'Espagne et à sa branche, quoique absents et non regnicoles, quand il s'en alla en Espagne , et de faire la lecture de sa renonciation pour lui et pour toute sa branche à la couronne de France, et celles de M. le duc de Berry et de M. le duc d'Orléans à la couronne d'Espagne , pour eux et pour leur postérité , et d'enregistrer toutes ces trois renonciations. Le premier président expliqua les intentions du roi. L'avocat Jolyde Fleury porta la parole et fit la réquisition; les conclusions du procureur général furent lues; on opina du bonnet : tout cela fut fort long.

L'arrêt d'enregistrement prononcé, les présidents se levèrent avec toute la magistrature; ils firent une révérence profonde à M. le duc de Berry , qui se découvrit sans se lever ; les présidents s'en allèrent à la buvette, et toute la magistrature les y suivit. M. le duc d'Orléans ne se leva point du tout non plus, ni au salut, ni lorsqu'ils se retirèrent. Sur

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