‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 288 sur 345 · ENTRE-DEUX DE SÉANCE · texte numérisé non relu

ENTRE-DEUX DE SÉANCE

cet exemple, les deux princes du sang et les deux bâtards, qui se lèven toujours pour les présidents à mortier , parce qu'ils se lèvent pour eux , ne se levèrent point du tout: et les pairs, qui jamais ne se lèvent pour les présidents à mortier ni pour le premier président, parce qu'ils ne se lèvent pas pour eux , demeurèrent pareillement assis. On se tint donc en place pendant que la robe vidoit tous ses bancs , puis chacun s'approcha des princes et les uns des autres, et les personnes de qualité et de la cour quittèrent leurs places, et entrèrent dans le parquet , où les princes et tout le monde étoient debout, pêle-mêle, à causer les uns avec les autres. Au bout d'un quart d'heure, M. le duc d'Orléans me fit appeler parmi tout ce monde , et me demanda s'il ne falloit pas se mettre en place avant l'arrivée des présidents et de la magistrature. Je lui dis que cela se pouvoit , mais qu'il suffisoit aussi d'être avertis à temps , pour se placer un instant auparavant , ou même arriver tous en place en même temps qu'eux. Il jugea qu'ils alloient revenir, parce qu'il ne s'agissoit que de prendre leurs grandes robes rouges , avec leurs épitoges , et leur mortier à la main, et qu'ils ne voudroient pas faire attendre M. le duc de Berry. Ainsi il me dit de faire avertir les pairs que M. le duc de Berry et lui alloient monter aux hauts sièges, et s'y mettre en place. Cela s'exécuta un moment après , et le parquet se vida. Chacun alla rechercher à s'asseoir en lieu de voir et d'entendre. Les gens du parlement avoient cependant redoublé un banc aux hauts sièges , à droite , couvert d'un tapis fleurdelisé , pour les pairs qui ne pourroient avoir place sur le banc fixe ordinaire, adossé à la muraille, moyennant quoi il y eut place pour tous.

Je ne sais ce qui se passa entre les princes après qu'ils furent en place , car, bien que je fusse sur le banc adossé à la muraille, j'étois loin d'eux et le quinzième , parce que les pairs ecclésiastiques , qui joignent le coin du roi aux hauts sièges, à gauche, aux lits de justice, se mettent à droite quand ce n'est que parlement comme ce jour-là. Peu de temps après que nous fûmes tous en séance , attendant le parlement à revenir , je m'entendis appeler de main en main par les pairs d'au-dessus de moi , qui me dirent d'aller parler à M. le duc de Berry et à M. le duc d'Orléans , qui me demandoient. Je ne sais si M. le Duc , qui s'étoit peut-être trouvé embarrassé de se lever à son ordinaire, ou de ne se point lever, à l'exemple des deux premiers princes, à la sortie des présidents, ne les avoit point tentés de se lever à leur rentrée. J'allai donc les trouver joignant le coin du roi , et comme il n'y avoit personne que nous en place , ni eux , ni les pairs , devant qui je passai et repassai , ne se levèrent point; car autrement, lorsqu'on est en véritable séance, les fils de France, princes- du sang et autres pairs, se lèvent tout debout pour un pair qui arrive, et ne se rassoient qu'en même temps que lui. M. le duc d'Orléans me mit donc debout entre lui et M. le duc de Berry, assis et tourné à eux , et là ils me demandèrent s'ils se lèveroient lorsque le premier président , suivi des autres , rentreroit par la lanterne de la buvette , et couleroit le long de leur banc jusque près d'eux. Je leur dis que non; qu'ils dévoient demeurer découverts, pour l'être lorsque les présidents paroîtroient; les laisser arriver tous à leurs places, et leur rendre une

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