DEUX PETITES AVENTURES BISIBLES
repos sans en revenir aux questions et aux frétillages, et à me dire enfin qu'il se mouroit d'envie d'aller à la garde-robe, et qu'il falloit donc qu'il sortît. Je lui représentai l'indécence de sortir d'une séance où il étoitvu de tout ce qui y étoit depuis les pieds jusqu'à la tête, et où il n'y avoit devant lui que le vide du carré du parquet de la séance. Cela ne le contenta point, et j'eus bientôt une nouvelle recharge. Je connoissois l'homme par expérience, que , pour sa rareté, je n'ai pas omise cidessus (t. I", p. 101). Je savois qu'il prenoit presque tous les soirs de la casse, souvent un lavement le matin, avec lequel il sortoit, et le promenoit trois ou quatre heures, et le rendoit chez qui il se trouvoit. La frayeur me saisit pour ses chausses, et par conséquent pour mon nez. Je me mis donc à regarder comment je pourrois me défaire d'un si dangereux voisin, et je vis avec douleur que la chose étoit impossible, par l'excès de l'entassement de la foule. Pour le faire court, les bouffées de sortir, les menaces de ne pouvoir plus se retenir continuèrent toute la séance, et redoublèrent tellement sur la fin que je me crus perdu plus d'une fois. Lorsqu'elle finit , je priai l'abbé Robert , conseiller clerc de la grand'chambre , qui se trouva assis précisément derrière nous, et qui avoit entendu tout ce colloque, détacher à faire sortir M. de Richelieu. On y eut toutes les peines du monde , à force de soins de l'abbé Robert et d'imissiers qu'il appela à son secours. Il ne revint point pour la séance des hauts sièges.
La scène qui m'y amusa n'eut rien de menaçant. M. de Metz s'y trouva placé le dos à mes genoux sur ce banc redoublé dans la largeur en long des hauts sièges , au bas de la banquette qui règne au bas du banc fixe ordinaire qui est adossé à la muraille , sur lequel j'étois. Bientôt après qu'on eut commencé, voilà M. de Metz à s'impatienter, à gloser sur l'inutilité de ce qui se débitoit , à demander si ces gens-là avoient résolu de nous faire coucher au palais , à frétiller , et finalement à dire qu'il crevoit d'envie de pisser. Il étoit plaisant, même avec un naturel comique qui perçoit jusque dans les choses les plus sérieuses. Je lui proposai de pisser devant lui sur les oreilles des conseillers qui se trouvoient au-dessous de lui aux bas sièges. Il secouoit la tète , parloit tout haut , apostrophoit l'avocat général entre ses dents , et se trémoussoit de manière que les ducs de Tresmes et de Charost, entre qui il étoit, lui disoient à tous moments de se tenir, comme ils auroient fait à un enfant , et que nous mourions de rire. Il vouloit sortir tout de bon , il voyoit la chose impossible, il juroit qu'on ne le rattraperoit jamais à pareille fête -, quelquefois il protestoit qu'il alloit se soulager aux dépens de lui et de qui il appartiendroit; enfin il nous divertit toute la séance. Je ne vis jamais homme si aise que lui quand elle finit.
Il étoit fort tard quand tout fut achevé. La séance se leva , les princes descendirent par le petit degré du coin du roi. Les deux présidents et les deux conseillers qui avoient reçu M. le duc de Berry à la Sainte- Chapelle se trouvèrent dans le débouche du parquet, marchèrent comme ils avoient fait en venant, et le conduisirent au même degré de la Sainte-Chapelle. Pendant que les princes descendoient des sièges hauts par ce petit degré du coin du roi, les pairs et les présidents qui