MORT ET FORTUNE DE CLEREMBAULT
premier écuyer pour rendre ce mariage moins insupportable, et on lui fit acheter encore le petit gouvernement de Toul. Il etoit riche, sa femme encore plus ; la mort du duc de Choiseul , fils unique de son premier lit, la mit encore dans une plus grande abondance. L'un et l'autre avoient quitté Madame. Ils étoient extrêmement avares, et amassèrent de grands biens, dont la duchesse de Luxembourg leur fille unique, morte devant sa mère, a fait passer à son fils, le duc de Luxembourg d'aujourd'hui. Mme de Clérembault est morte en 1724 à quatre-vingt-quatre ans. Elle avoit beaucoup d'esprit, et un reste de considération. Elle et son mari étoient plus avares l'un que l'autre.
La marquise de Mirepoix mourut en même temps assez jeune. Elle étoit fille aînée du duc et de la duchesse de La Ferté , et veuve de Mirepoix , sous-lieutenant des mousquetaires , sans enfants , qui étoit frère aîné du père du marquis de Mirepoix , aujourd'hui chevalier de l'ordre , aîné de la maison de Lévi. Mme de Mirepoix tenoit assez de choses de sa mère. Elle s'étoit ruinée, et vivoit assez esseulée dans le couvent de la Conception, à Paris.
La comtesse d'Uzès mourut aussi en couches. Elle étoit fille du lieutenant de roi de Condé, qui étoit brigadier, et veuve d'un financier appelé Hamelin. C'étoit une grande femme qui avoit été belle et bien faite , qui n'avoit pas quarante ans, à qui M. Chamillart avoit voulu du bien, que j'ai fort vue à l'Étang, où elle se faisoit aimer de tout le monde. Elle a laissé trois fils du comte d'Uzès , frère du duc d'Uzès , qui n'avoit rien.
L'État et la religion firent une grande perte en la personne du cardinal de Janson, évêque - comte de Beauvais, et grand aumônier de France, qui mourut à Paris, 24 mars de cette année, à quatre-vingttrois ans , ayant toujours la tête parfaitement entière. Le roi le regretta beaucoup, le public aussi, et son diocèse et les pauvres amèrement. Ce sont de ces hommes rares et illustres qui méritent de s'y arrêter; et je le ferai d'autant plus volontiers qu'entre beaucoup d'amis qu'il eut toute sa vie , il l'étoit très-particulier de mon père , et fort des miens. Il fut un moment coadjuteur de Digne , puis évêque de Marseille , où il fut chargé de toutes les affaires de Provence , au grand regret du comte de Grignan, lieutenant général de la province , comme on le voit par les lettres de Mme de Sévigné. Ces affaires firent connoître sa capacité aux ministres.
Forbin, son parent éloigné, mais de même nom, mort capitaine des mousquetaires gris, étoit dès lors bien avec le roi, et fort ami de Bouteras (jui le devint de l'évêque de Marseille , et qui le servit très-bien auprès du roi toute sa vie. Il y avoit déjà sept ou huit ans qu'il gouvernoit toutes les affaires de Provence, lorsqu'il fut envoyé ambassadeur en Pologne en 1674, à l'occasion de l'élection d'un roi. Son habileté y réunit tous les partis lorsqu'on s'y attendoit le moins. Le fameux Jean Sobieski , grand maréchal et gouverneur général de la couronne , fut unanimement proclamé. La reconnoissance lui fit offrir sa nomination au cardinalat à l'évêque de Marseille , qui ne voulut l'accepter qu'après en avoir obtenu la permission du roi. Peu après son retour, il fut en 1679 transféré à Beauvais, et renvoyé un an après ambassadeur en