‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 299 sur 345 · HÔTEL DE LORGES VENDU · texte numérisé non relu

HÔTEL DE LORGES VENDU

menta la surprise. Le roi en aiiroit été si choqué dans d'autres temps qu'ils n'auroient osé le hasarder; mais il commençoit à être si dégoûté de tout , par les malheurs de sa famille , qu'il ne prenoit presque plus de part à rien que celle qu'on l'engageoit à prendre. Ces précautions d'établissements à Paris de gens qui ne pouvoient découcher de la cour, excepté d'Antin , et encore celui-là avec mesure , permission et prétexte , donnèrent fort à penser sur la santé du roi , de la décadence de laquelle on ne s'apercevoit pourtant pas encore au dehors de son plus secret intérieur. Quelque temps après, Mme la princesse de Conti acheva d'acquérir cette maison en propriété.

L'ombre de Mme de Maintenon qui couvroit etavoit été si utile àd'Aubigny, son prétendu cousin, et à l'archevêque de Rouen, son oncle, fit son mariage avec Mlle de Villandry , riche héritière , et dans son voisinage.

L'opiniâtreté de l'empereur, qui retint l'empire dans ses intérêts, fit porter toutes nos forces sur le Rhin et sur la Moselle. Villars fut destiné à la Moselle, et Harcourt pour le Rhin. Bientôt après Villars s'excusa sur sa blessure, et voulut aller à Baréges; Besons lui fut substitué, et le 12 et le 15 mai furent fixés pour le départ des généraux en chef des deux armées; mais une nouvelle attaque d'apoplexie mit le maréchal d'Harcourt hors d'état de servir, et il abdiqua de lui-même. Gela changea le voyage de Baréges ; le maréchal de Villars accepta l'armée du Rhin. Le roi lui donna cent mille francs pour refaire son équipage dont il s'étoit défait , comptant ne point servir. Il partit aussitôt après , Besons aussi.

On apprit que Steinbok n'avoit pu se soutenir davantage au milieu de tant d'ennemis, dans des pays contraires, éloignés de la Suède, où il n'avoit pu repasser. Son armée étoit réduite à huit ou dix mille hommes, enfermée et affamée de toutes parts , en sorte qu'il fut réduit à se rendre prisonnier de guerre avec elle, moyennant passage en sûreté dans le pays de Schonen, en payant leur rançon, que le roi de Danemark promit , et eux de ne point porter les armes d'un an.

Le roi choisit pour l'ambassade d'Hollande Châteauneuf- Castaignières, conseiller au parlement, qui s'étoit fort bien acquitté du même emploi en Portugal et à Constantinople , et dont on s'étoit servi dans un intervalle en Espagne sans caractère. Bonac, qui y étoit avec caractère d'envoyé, et qui en revenoit parce que M. de Brancas y alloit ambassadeur, fut nommé à l'ambassade de Constantinople; le comte du Luc à celle de Suisse; et l'abbé de Mornay à celle de Portugal. Il étoit fils de M. et de Mme Montchevreuil , et néanmoins il n'avoit jamais pu être évêque. Il étoit fort bien fait , et avoit du mérite , de l'esprit , du monde , du savoir ; mais le roi , qui s'étoit persuadé qu'il avoit fait plus d'usage de ses talents corporels que des autres, n'avoit jamais pu en revenir. Il n'étoit plus fort jeune; le roi crut le désembourber par les emplois étrangers , où en effet il réussit fort bien. Lassai fils fut destiné pour la Prusse. Il n'y alla point; on verra qu'il fit mieux.

Le comte de Lœwenstein , avec un fort beau visage et bien fait , fut plus heureux avec moins de contrainte ; mais il étoit Allemand et frère de Mme de Dangeau , le même qu'on a vu naguère député du chapitre Saint-Simox vx jji

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