‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 301 sur 345 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Menées sourdes et profondes du P. Tellier et de Bissy, évêque de Meaux. — Voysin substitué à Torcy pour les affaires du cardinal de Noailles. — Bissy nommé au cardintilal. — Projet énorme du P. Tellier. — L'affaire du cardinal de Noailles portée à Rome. — P. Daiibenton et Fabroni ; quels. — Ils dressent seuls, et en secret, la conslilution Unigenitus. — Le pape engagé de parole positive à ne donner sa constitution que de concert et approuvée du cardinal de La Trémoille en particulier, et du sacré collège en général.

— Audacieuse visite du P. Tellier au cardinal de Rolian. — Caractère du cardinal de Rohan; son éducation. — Il doit tout au cardinal de Noailles.

— Privilèges de la vie des cardinaux. — Combat intérieur du cardinal de Rohan. — Tallard entraîne le cardinal de Rohan au P. Tellier. — Cardinal de Rohan grand aumônier. — Cardinal de Polignac maître de la chapelle du roi. — Orgueil de son serment. — Il reçoit le bonnet de la main du roi ; il le harangue à la tête de l'Académie françoise sur la paix. — ViUement recteur de l'Université; sa belle harangue et son très-singulier effet.

Le P. Tellier avançoit à grands pas vers le but qu'il s'étoit proposé toute sa vie, pour lequel il avoit travaillé sans cesse dans l'obscurité du cabinet, et sa place et le crédit prodigieux qu'il y avoit acquis le mettoient en état de tout oser pour y arriver. On a vu le caractère terrible de ce jésuite; les conjonctures lui étoient les plus favorables pour le grand projet qu'il avoit formé. Il avoit affaire à un prince qui, de son aveu même , étoit de la plus profonde ignorance , élevé par la reine sa mère dans l'opinion que ce qu'on appeloit jansénistes étoit un parti républicain dans l'Église et dans l'Etat, ennemi de son autorité qui étoit son idole , inaccessible toute sa vie à tout ce qui n'étoit pas entièrement dévoué au parti opposé, accoutumé par les idées ultramontaines de la reine sa mère, et du cardinal Mazarin, à tout céder à la cour de Rome , et à déployer son autorité sur les parlements pour les y faire fléchir; à exiler, même à emprisonner les particuliers qui par de savants écrits blessoient Rome en s'élevant contre ses usurpations sur l'Église et sur les couronnes; soigneusement entretenu dans cet esprit, par ses confesseurs toujours jésuites, et par Mme de Maintenon, gouvernée depuis si longtemps par le même esprit, qui étoit celui de M. de Chartres , son ancien directeur de toute confiance et de tout Saint-Sulpice, à qui M. de Chartres l'avoit comme léguée en mourant, entre les mains du curé La Chétardie, et de Bissy, évêque de Toul, puis de Meaux , qui , par le voisinage si proche de ce dernier diocèse, ne la perdoit presque pas de vue.

Bissy , dont l'âme étoit forcenée d'ambition , sous le pharisaïque exté-

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