MENÉES SOURDES DU P. TELLIER
rieur d'un plat séminariste de Saint-Sulpice , étoit de tout temps abandonné aux jésuites comme à ceux dont il attendoit tout pour sa fortune , et sans lesquels il sentoit qu'il ne pouvoit rien se promettre par luimême, sans famille, sans amis, sans accès, et relégué à Toul, où il n'étoit pas même du clergé de France. On a vu en son temps combien il y exerça la patience de M. de Lorraine , pour se faire transférer ailleurs par ses cris ; l'usage qu'il en sut faire à Rome , où il entretint un agent exprès pour se débrouiller un chemin au cardinalat, appuyé des jésuites; et comme il ne voulut point de Bordeaux, trop éloigné de la cour , quand il s'y vit si bien produit par M. de Chartres , et que ses affaires à Rome par rapport à la Lorraine et à ses espérances prenoient un tour à ne lui plus faire regarder Toul comme un cul-de-sac, et à ne lui plus permettre de quitter cet évêché que pour quelque autre qui favorisât encore mieux ses espérances , tel que fut Meaux.
Il étoit trop initié pour ignorer l'aversion de Mme de Maintenon et même de Saint-Sulpice pour les jésuites; il étoit aussi trop habile pour se refroidir avec des amis immortels, et d'une puissance permanente, pour épouser la fantaisie d'une femme qui, à son âge, pouvoit manquer à tous moments , et d'une troupe de barbes sales , qui sans elle n'avoit point de consistance, et que les jésuites tôt ou tard crosseroient avec le pied.
Il cacha donc à Mme de Maintenon , qui , par la mécanique de ses journées, ne voyoit le jour que par le trou d'une bouteille, et qui étoit la plus grande dupe du monde de ceux pour qui elle seprévenoit, il lui cacha , dis-je , son union ancienne et la plus intime avec les jésuites comme tels, et ne lui laissa voir de liaison entre lui et le P. Tellier, que par la nécessité du concert pour la bonne cause, pour l'Église, pour la pureté de la doctrine, c'étoit à dire contre le cardinal de Noailles; et il lui en faisoit d'autant mieux sa cour, que Mme de Maintenon , peu à peu tombée dans le dernier emportement sur cette affaire, étoit bien aise d'être informée des démarches du P. Tellier auprès du roi , pour agir de concert et en conséquence , de croire même les diriger sans toutefois vouloir ni voir ni ouïr parler du P. Tellier , ni qu'il sût rien qu'en gros, et pour la nécessité seulement par rapport à elle et sans elle ; et c'est ce qu'elle croyoit faire par Bissy , sans s'être jamais doutée qu'ils ne fussent tous deux qu'un cœur et qu'une âme , ni qu'il fût livré aux jésuites.
D'autre part, le P. Tellier faisoit faire tout ce qu'il vouloit par Mme de Maintenon auprès du roi sur cette affaire, par le même Bissy, sans y paroître. Par ces manèges obscurs ils conduisirent où ils voulurent un roi enfermé à cet égard sous leur clef, et qui pour ministre de tout ce qui regardoit cette affaire, n'avoit plus Torcy qu'ils avoient rendu suspect par son alliance avec les Arnauld , et par l'évêque de Montpellier son frère. Ils lui avoient substitué Voysin, créature et âme damnée de Mme de Maintenon et de sa fortune , et aussi ignorant d'ailleurs et aussi vendu qu'il le leur falloit.
De cet antre de ténébreuse intrigue sortit la nomination de Bis.«y au cardinalat, que sans concert, mais avec une ardeur égale, Mme de