‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 318 sur 345 · ET LEURS TENTATIVES AVORTÉES · texte numérisé non relu

ET LEURS TENTATIVES AVORTÉES

reuse , par conséquent de crédit et de brillant pour eux; néanmoins ils ne purent parvenir à soumettre ces deux ducs à leurs ordres , en tirer la moindre excuse , ni oser leur faire la plus légère réprimande de ce qu'ils avoient fait sauter leur degré aux exempts de la connétablie ' qu'ils leur avoient envoyés , et qui furent de plus menacés d'être jetés par les fenêtres, avec des paroles fort peu décentes pour le tribunal qui les envoyoit; et l'affaire finit par la qualité de commissaire du roi, en vertu de laquelle et point du tout de l'autorité de leur office , les maréchaux de France les accommodèrent avec force civilités et compliments, les firent embrasser, les conduisirent, et en toute cette action, dans toute laquelle il ne fut aucune mention de tout ce qui s'étoit passé contre leur prétendue autorité; et il n'y eut rien qui sentît la forme du tribunal, ni aucune autre chose que l'autorité du roi très-modestement exercée en qualité de ces commissaires.

On a vu dans ces Mémoires une querelle du duc de Lesdiguières avec Lambert, depuis lieutenant général, dont les maréchaux de France n'osèrent prendre la moindre connoissance , quoique arrivée en lieu public à Paris, et qui fut accommodée par le maréchal de Duras seul, beaupère du duc de Lesdiguières, non comme maréchal de France, mais en qualité de commissaire du roi.

C'est donc encore ce qui est arrivé ici. Le duc d'Estrées et le comte d'Harcourt ont si peu été mis à la Bastille pour avoir refusé de reconnoître la juridiction des maréchaux de France , et de recevoir leurs exempts, et tellement pour qu'en attendant leur accommodement il n'arrivât rien entre eux, que s'il en eût été autrement, le tribunal n'eût pas manqué d'user de son droit, comme il est arrivé tant de fois quand des personnes soumises à leurs ordres par état y ont été réfractaires . et de les envoyer arrêter avec main-forte , et conduire au Forl'Evêque ^ qui est la prison de leur tribunal. Ici il fallut avoir recours à l'autorité du roi , qui , bien loin de livrer ces messieurs à celle des maréchaux de France, fit expédier une lettre de cachet à chacun des deux querellants et une troisième au gouverneur de la Bastille : aux uns pour se rendre, à l'autre pour les recevoir à la Bastille, qui est la prison particulière où il n'entre et ne sort personne sans un ordre du roi immédiat, qui en fit expédier de pareils pour les en faire sortir, sans la moindre mention par conséquent des maréchaux de France; et si les exempts leur furent envoyés avant d'aller à la Bastille , les y conduisirent, et les en accompagnèrent immédiatement depuis la Bastille

-I. La connélablie était primilivement le tribunal du connétable de France. Lorsque Louis XIII eut supprimé cette dignité, on donna le nom de connétablie au tribunal où les maréchaux de France jugeaient les questions relatives au point d'honneur. — Il y avait une autre connélablie qui connaissait de tous les crimes ou délits commis par des gens de guerre dans les camps, pendant les marches ou dans les garnisons. Saint-Simon parle ici de la première connétablie ou tribunal des maréchaux.

2. Le For-l'Évêque {J'orum episcopi) était primitivement le siège de la juridiction de l'évêque de Paris. Ce bâtiment fut transformé plus tard en prison, et enfin détruit en ^ 780.

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