‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 319 sur 345 · COURT ABRÉGÉ DES PRÉTENTIONS · texte numérisé non relu

COURT ABRÉGÉ DES PRÉTENTIONS

jusque chez le maréchal de Villeroy , le premier des trois commissaires du roi, ce fut uniquement pour qu'il n'arrivât rien entre eux pendant ces intervalles. D'ailleurs, de sept ou huit maréchaux de France qui étoient lors dans Paris , où même le maréchal de Montesquiou étoit revenu de Flandre pour n'y plus retourner, et M. de Tingry allé en sa place pour y commander comme lieutenant général du pays, il n'y eut que trois maréchaux de France nommés par le roi pour être ses commissaires; et par conséquent leur prétendue juridiction de maréchaux de France n'y fut pour rien , puisque les autres maréchaux de France furent exclus, et que ces trois-là même n'agirent en rien dans cette affaire par l'autorité de leurs offices, mais uniquement par celle du roi comme ses commissaires nommés pour cela. Aussi nuUe forme de tribunal ordinaire chez le maréchal de Villeroy : ni le maître des requêtes rapporteur devant eux , ni le secrétaire du tribunal ne s'y trouvèrent, ni l'arrangement et l'ordre accoutumé, ni même le joui ordinaire : on affecta de choisir le dimanche. Aussi pas la moindre mention de l'autorité des maréchaux de France , pas la plus imperceptible réprimande de l'avoir méprisée , et de ne l'avoir pas voulu reconnoître , pas la moindre idée d'excuse à cet égard , et quand le maréchal de Villeroy leur défendit les voies de fait et les fit embrasser, il leur dit que le roi leur défendoit les voies de fait, et non pas le prononcé ordinaire, qui est : «Nous vous défendons, et de même nous vous ordonnons de vous embrasser ,» etc. ; mais : a Nous vous prions ,» parce qu'a- 'ors ils n'y mettoient pas l'autorité du roi comme à la défense des voies de fait, et ils parloient d'eux-mêmes comme commissaires du roi: toutes différences entières qui effacent leur autorité et ne laissent que celle du roi. Ils leur firent après force civilités; le maréchal d'Huxelles, qui le premier avoit pris connoissance de la querelle , et envoyé les exempts , ne fut pas des commissaires ; en un mot, [il n'y eut] quoi que ce soit en cet accommodement qui ait senti le maréchal de France.

Bien est vrai que les fils de France ou les princes du sang ont souvent accommodé ces sortes de querelles, quand, par la qualité de l'une des personnes, elles passoient le pouvoir des maréchaux de France. Monsieur, M. le duc d'Orléans. M. le Prince père et fils, et d'autres princes du sang l'ont fait plus d'une fois , et d'ordinaire à la chaude. Mais en cette occasion M. le duc d'Orléans n'étoit à aucune portée du roi de se mêler de rien; tous les princes du sang étoient d'un âge à ne le pouvoir faire ; et les bâtards n'en étoient pas encore là , quelque proches qu'ils s'en vissent. Il fallut donc bien recourir à la voie des commissaires; et, dès que c'étoient des commissaires du roi nommés par lui , et qui n'agirent qu'en cette qualité unique , il n'importoit plus qu'ils fussent pris d'entre les maréchaux de France , puisque cet office demeuroit muet et impuissant en eux , et qu'il y disparoissoit en entier sous le nom et par l'autorité de la commission personnelle, qui ne leur permit plus d'agir que par celle de leur commission.

Personnes de plus haut parage sans comparaison que le duc d'Estrées et le comte d'Harcourt avoient bien eu des maréchaux de France pour commissaires du roi, et en chose où une satisfaction ne se pouvoit

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