SUR M. DE LÀ ROCHEFOUCAULD
1631. On supprime ici. avec un religieux silence, les causes d'un si long délai, et la manière dont cet enregistrement fut fait. Ni l'un ni l'autre ne seroient pas favorables à la cause de M. de La Rochefoucauld ; et si cette remarque . toute monosyllabe qu'elle est, n'étoit indispensable pour faire voir que ce n'est pas se prévaloir de la négligence de M. de La Rochefoucauld , on n'en auroit fait aucune mention.
a On souhaiteroit encore pouvoir taire un autre inconvénient qui a même jeté M. le duc de Saint-Simon dans un grand embarras, lorsqu'il a été obligé de faire travailler à cette affaire . pour n'en pas tirer un avantage trop ruineux à M. de La Rochefoucauld. C'est le défaut d'hommage rendu au roi. Une érection en duché, marquisat ou comté, plus essentiellement en duché-pairie . est constamment la remise d'un fief que le vassal possède entre les mains du roi; que le roi, après l'avoir repris , lui rend avec une dignité dont il l'investit par l'érection aux conditions portées par icelle qui sont respectives , savoir d'honneur et d'avantage pour le sujet, d'hommage et de service envers le seigneur, dont la principale . qui donne l'être aux autres , est constamment l'hommage. Par l'érection le roi investit son sujet, par l'hommage le sujet accepte et se soumet aux conditions sans lesquelles le roi n'entend lui rien donner, et le sujet n'entend rien recevoir. Cela n'est pas douteux. Dans l'hommage du sujet nouvellement investi consiste donc toute la forme, la force et la réalité de l'effet de l'érection et de l'investiture, sans quoi les choses demeureroient nulles et comme non avenues , puisque le sujet ne fait point de sa part ce qui est requis pour recevoir la grâce que son souverain lui fait, qui est de l'accepter de sa main et de le reconnoître pour son seigneur singulier en ce genre. Cette action d'hommage ne se peut faire qu'en trois façons, ou au roi même en personne, ce qui est devenu très-rare, ou. en la place de Sa Majesté, à son chancelier qui la tint pour ce, ou encore en la chambre des comptes. Il en demeure un acte solennel au souverain et au nouveau vassal, qui est le titre du changement de son fief en dignité plus éminente. et en mouvance plus auguste , puisque alors ce fief érigé ne relève plus que de la couronne , et c'est l'instrument qui déclare au public le changement arrivé dans le fief et dans son possesseur, puisque l'érection sans cela n'est qu'un témoignage de la volonté du roi demeurée imparfaite , dès là que par l'omission de l'hommage , condition si essentielle , le sujet n'accepte pas la grâce de son seigneur, et ne se lie pas à son joug par un nouveau serment, et acte d'obéissance, de service et de fidélité.
ce C'est néanmoins ce qui ne se trouvera pas que feu M. le duc de La Rochefoucauld ait fait . en aucun temps , au roi , à son chancelier , ni à la chambre des comptes , chose pourtant si essentielle qu'on ne craint point d'avancer que la dignité de duc et pair pourroit être justement contestée à M. de La Rochefoucauld, rien ne peut couvrir ce défaut que la bonté du roi , en lui accordant un rang nouveau , en faisant présentement son hommage . et c'est cet étrange inconvénient que M. de Saint- Simon a cherché par tous moyens de pallier, pour n'émouvoir pas une question si fâcheuse à un seigneur qu'il respecte, et qu'il a toujours constamment honoré. Pour en venir à bout, M. de Saint-Simon s'est