MÉMOIRE QUI ME VAUT LA PRÉSÉANCE
trouve réduit à dire que lorsque feu M. de La Rochefoucauld prêta serment en la manière accoutumée lorsqu'il fut reçu au parlement, ce serment emporta hommage, qui donc au moins ne fut rendu qu'en cet instant, et pareillement que la chambre des comptes établie si spécialement sur les foi et hommage , aveux et dénombrements ' de la couronne , ne le put reconnoître , à faute d'hommage, qu'alors et deux mois après, lorsque son érection y fut vérifiée, c'est-à-dire en 1637.
« Deux ans auparavant, c'est-à-dire en 1635, le 2 février, l'érection de Saint-Simon avoit été faite et fut enregistrée. Feu M. le duc de Saint- Simon avoit rendu sa foi et hommage ; il avoit été reçu duc et pair au narlement, et feu M. le duc de La Rochefoucauld n'y avoit formé nulle opposition pour son rang. Il est vrai qu'étant reçu deux ans après il prétendit la préséance , et il ne l'est pas moins qu'il ne la put jamais obtenir, chose qui s'accorde si aisément par provision à ceux dont le droit est jugé le meilleur , en attendant un jugement définitif, comme il est arrivé en pairie en tant d'occasions , et comme il en subsiste encore un exemple dans l'affaire de M. de Luxembourg. M. le duc de Retz se trouvoit dans le même cas à l'égard de M. le duc de La Rochefoucauld, et ils s'accommodèrent ensemble , sans qu'on ait pu en démêler la raison , à se précéder alternativement. Ces accords se peuvent pour les cérémonies de la cour quand le roi le trouve bon , mais au parlement il faut un titre. C'est ce qui fut cause d'un brevet du roi , du 6 septembre 1645 , qui, en attendant le jugement, ordonna cette alternative dont le commencement solennel fut au lit de justice du lendemain , et comme il importoit aux parties par laquelle la préséance commenceroit , le sort en décida contre M, de La Rochefoucauld. Il ne se peut une balance plus exacte; depuis, l'alternative a toujours subsisté. Retz s'est éteint: Saint- Simon seul est resté dans cet intérêt , qui quant à présent ne regarde aucun autre duc que MM. de La Rochefoucauld et Saint-Simon.
a Cette question a toujours paru au roi sinon si sûre , [du moins] en faveur de M. de Saint-Simon, c'est-à-dire de la première réception, qu'il en est émané de Sa Majesté deux grands préjugés célèbres dans une de ses plus augustes fonctions. Le roi ayant élevé à la fin de 1663 quatorze seigneurs à la dignité de pairs de France , Sa Majesté tint son lit de
4. Il a été question de l'hommage et des cérémonies qui l'accompagnaient, t. II, p. 486. L'ai>eu était encore une espèce d'hommage, par lequel on se reconnaissait l'homme du seigneur. Voici une formule d'aveu extraite du Grand coutumier (t. II, p. 'i\) : « Tu me jures que d'ici en avant lu me porteras foi et loyauté comme à ton seigneur, et que tu le maintiendras comme homme de telle condition comme lu es ; que lu me payeras mes dettes (ce qui m'est dû) et devoirs bien et loyaumenl, toutefois que payer les devra», ni ne pourchasseras choses pour quoi je perde l'obéissance de toi et de les hoirs (liériliers), ni ne te partiras de ma cour, si ce n'est par défaut de droit et de mauvais jugement. En tout cas tu cidvoues ma cour pour loi el pour tes hoirs. » Le dénombrement était une déclaration que chaque vassal était tenu de faire à son seigneur quarante jours après l'hommage. Elle devait contenir rénumération de tontes les terres et droits qui dépendaient du seigneur. Ce dernier avait aussi qua^aate jours pour een&tater l'eiitetiiude du dénombrement.