‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 41 sur 345 · DE SAINT-SIMON ET DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

DE SAINT-SIMON ET DE LA ROCHEFOUCAULD

a La première : Qu'on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas un procès certainement existant et très-ancien entre MM. de Saint-Simon et de La Rochefoucauld , repris et laissé en divers temps entre leurs pères , et depuis par eux-mêmes ;

« Que le roi en a eu en tous les temps une connoissance si effective qu'il est émané de Sa Majesté un brevet pour l'établissement d'une alternative au parlement, qui exclut toute provision de préséance, et deux arrêts en plein lit de justice, qui sont un préjugé formel et le plus précis qui puisse être en faveur de M. de Saint-Simon;

a Que tout nouvellement , le roi , sur la représentation de M. le maréchal de Villars de lui accorder un arrêt semblable à ceux de Bouillon et de La Meilleraye, ou d'empêcher que M. le maréchal d'Harcourt fût reçu pair au parlement avant que sa blessure lui eût permis de l'être lui-même, Sa Majesté a pris ce dernier parti, ce qui n'est pas un moindre préjugé en faveur de M. de Saint-Simon que les deux autres.

« Conséquemment que le roi a dans tous les temps regardé cette question comme une vraie et très-importante question . et par plusieurs actes solennels émanés de Sa Majesté jusque tout récemment, comme une question très-favorable pour M. le duc de Saint-Simon. Voilà pour ce qui est de la chose en soi.

a L'autre observation regarde l'autorité du roi.

ce Rien ne seroit plus contraire au devoir de vassal à son seigneur, bien pis encore d'un sujet à son souverain, que de jouir de l'effet d'une grâce, qui est ce que le prince donne, sans rendre foi et hommage, qui est un lien prescrit par sa grâce même , et un échange pour la grâce que le sujet en la recevant rend au prince qui l'honore d'un nouveau titre, en conséquence duquel il lui est par la foi et hommage, pour raison de ce , plus nouvellement et plus étroitement soumis , attaché et fidèle. C'est néanmoins ce qui manque à M. de La Rochefoucauld , et ce qui n'a pu être suppléé que par son serment de pair prêté en 1637 ,deux ans après l'hommage de feu M. le duc de Saint-Simon , et sa réception au parlement postérieure à cet hommage.

a Rien ne marqueroit moins l'autorité du roi que la fixation du rang des pairs à la date de l'enregistrement de leurs lettres, et rien en particulier n'y seroit plus spécialement opposé que la fixation du rang de M. de La Rochefoucauld à la date de l'enregistrement des siennes. Sur le premier point, il est constant que ce seroit prendre rang par l'autorité du parlement qui a toujours prétendu pouvoir admettre, retarder, avancer ou rejeter les enregistrements des lettres, et qui souvent l'a osé faire; sur le second point, c'est l'espèce présente, puisque les lettres de La Rochefoucauld furent enregistrées pendant la disgrâce de feu M. de La Rochefoucauld et contre la volonté du roi connue , et lors absent de Paris. Ce fait est certain , et M. de La Rochefoucauld , qui se souvient bien de la manière dont cela se passa, pour l'avoir ouï souvent raconter chez lui , n'en disconviendra pas.

« Reste donc , pour faire chose séante à l'autorité royale , de fixer le rang à la date des lettres ou à la réception de l'impétrant au parle- Bûent, puisqu'on vient de montrer l'indécence de la fixera la date de Saint-Simox VI 3

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