AUTORITÉ DU ROI FAVORABLE Â M. DE SAINT-SIMON
l'enregistrement des lettres. De le faire à la date de leur expédition est impossible , puisque des lettres non enregistrées n'opèrent qu'une volonté du roi non effective ni effectuée , qui ne produit que ce qu'on appelle improprement duc à brevet, comme l'est encore M. de Roquelaure, c'est-à-dire un homme que le parlement ne reconnoît point duc et pair, qui n'a nul rang , qui ne jouit que de quelques honneurs qui ne peuvent passer à son fils sans grâce nouvelle , et dont les lettres sont incapables de lui fixer un rang parmi ceux du nombre desquels il ne peut être tant que ses lettres demeurent sans vérification.
ce On ne peut donc fixer le rang d'ancienneté qu'à la réception de l'impétrant pour deux grandes raisons : la première parce qu'alors seulement la dignité se trouve complète et parachevée sans que rien de ce qui est d'elle y puisse plus être ajouté, comme on le montreroit évidemment si on entroitdans le fond. L'autre, c'est qu'alors seulement la volonté du roi , non suffisante par l'expédition des lettres d'érection , non toujours suivie par leur enregistrement, et spécialement en celle de La Rochefoucauld , est la règle unique de cette réception dont on ne trouvera aucun exemple contre la volonté des rois. C'est donc alors seulement qu'opère indépendamment de tout le reste la puissance de cette volonté souveraine , qui vainement a érigé , qui pour l'enregistrement n'est pas toujours obéie , et qui , quand elle la seroit , feroit donner par le parlement ce qu'elle-même n'a pu donner sans son concours, mais qui seule suspend ou presse à son gré la réception au parlement de celui qu'elle a fait pair de France , et par cet acte elle le tient suspendu en ses mains tant que bon lui semble , et tient ainsi sa fortune en l'air quoique achevée , et ce semble déterminée par la puissance étrangère de l'enregistrement , et permet seulement que tout acte de pairie s'achève en effet et s'accomplisse en l'impétrant, quand elle veut, par cette grâce dernière de sa première réception au parlement , couronner toutes les autres qui n'y sont qu'accessoires, et manifeste seulement alors à l'État un assesseur et un conseiller nouveau qu'elle s'est choisi , aux grands vassaux de la couronne un compagnon qu'ils ont reçu de sa main toute-puissante, et à tous ses sujets un juge né qu'elle a élevé sur eux. Alors la dignité complète est seulement proposée telle, et le rang d'ancienneté fixé pour jamais dans cette famille par un dernier coup de volonté pleine qui ne dépend que du roi tout seul , sans concours du parlement , et sans qu'autre que la majesté royale mette la main à l'ouvrage alors entier et en sa perfection.
a C'est ce que plus de loisir et de licence d'entrer dans un fond plus détaillé de la matière du procès pendant entre MM. de Saint-Simon et de La Rochefoucauld , et pour le droit en soi , et pour le fait en exemples, démontreroit encore plus invinciblement. En voilà assez au moins sinon pour déterminer le roi en faveur de son autorité et de son incommunicable puissance , des préjugés émanés de Sa Majesté même , en tous les temps et avec grande solennité , et de la bonté en soi de la cause de M, de Saint-Simon , pour détourner au moins sa bonté , et on ose ajouter son équité, de décider rien là-dessus sans lui avoir fait la grâce de l'entendre, sinon par elle-même , au moins par ceux sur qui elle s'en vou-
dra décharger, dont M. de Saint-Simon n'aura aucun possible poursuspect, par sa confiance en la bonté et en la justice de son droit. »
Deux lettres que nous nous écrivîmes le chancelier et moi donneront maintenant toute la lumière dont la suite de cette affaire a besoin. La première est du lendemain que j'eus appris de lui à Versailles les articles du sacre et de l'extension des bâtards en autant de pairs qu'ils auroient de pairies; l'autre, aussitôt que j'eus achevé le mémoire ci-dessus. Ce fut le 3 mai, à Paris, où j'étois venu coucher.
a Je vous avoue, monsieur, que je revins hier plus affligé que je ne puis vous le dire , et qu'après avoir pensé à la nouvelle et horrible plaie générale , je songeai à la mienne particulière. Ce matin . j'ai fait un mémoire sur mon affaire , le plus court et précis que j'ai pu , et je viens de vous écrire une lettre ostensible , compassée au mieux que j'ai pu pour y joindre. D"Antin a dit le fait à M. de Ghevreuse; puisqu'il l'a su sans vous , et ce dernier me l'a dit à moi , comme je vous en rendis hier compte-, j'espérois que mon mémoire seroit assez tôt mis au net pour pouvoir vous le porter ce soir, mais mon lambin de secrétaire ne finit point. Il me seroit néanmoins très-important d'avoir l'honneur de vous entretenir, et je vois vos journées si prises, que je ne sais pas quand. D'aller à Pontchartrain ne me semble pas trop à propos dans cette conjoncture, et je ne vois que samedi prochain comme hier à Versailles, ce qui est long et étranglé; en attendant je vous enverrai mon mémoire que j'aurai grand regret de vous laisser lire tout seul. Cependant commandez à votre serviteur muet comme un poisson , et qui va être en général et en particulier brisé comme vile argile. Qu'il y auroit un beau gémissement à faire là-dessus, qui me feroit encore dérouiller du latin et des passages , mais vous diriez que ce seroit les profaner ( Permettezmoi du moins , un heu! profondément redoublé , an vous assurant d'un attachement et d'une reconnoissançe parfaite. »
Le chancelier, qui eu magistrat et en courtisan comptoit pour rien les deux nouveaux articles du sacre et des bâtards; qui espéroit. en quelque dédommagement du second , faire passer la double séance des pairs démis , piqué de n'avoir pu emporter ma préséance sur M. de La Rochefoucauld , de la justice de laquelle il étoit convaincu , et se voulant persuader, et plus encore à nous, que nous devions être gorgés et nous tenir comblés des autres articles, me renvoya sur-le-champ ma lettre dont il déploya l'autre feuille , sur laquelle il m'écrivit cette réponse :
o Permettez-moi, monsieur, cette manière de vous répondre pour une fois seulement et pour abréger, et permettez-moi aussi de vous gronder en peu de mots . en attendant plus. N'avez-vous point de honte de n'être jamais content de ce que pensent les autres? serez-vous toujours partial en toute affaire ? ramperez-vous toujours dans le rang des parties sans entrer jamais dans l'esprit de législateur? La besogne est bonne , je la soutiens telle , et si bonne que c'est pour l'être trop qu'elle ne passera peut-être pas ; et cette bonne besogne . c'est pour vous une horrible plaie générale et une plaie particulière qui vous afflige au delà de l'expression! Qu entendez -vous par une let-tre ostensible? à qui h