‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 57 sur 345 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Grand changement à la cour par la mort de Monseigneur, et ses impressîong difféienles. — Duc du Maine. — Duc du Maine fort mal à Marly. — Princesse de Conti. — Cabale. — Duc de Vendôme. — Yaudemoni et ses nièces.

— Mlle de Lislebonne abLesse de Remiremonl. — Mme ia Duchesse. —

— Prince de Rohan. — Princes élrangeis. — D'Anlin. — Huxelles, Beringhen, Harcourt, Boufflers, Sainte-Maure, Biron, Roucy, La Vallière. — Ducs de Luxembourg, La Rocheguyon, Villeroy. — La Feuillade. — Ministres el financiers. — Le chancelier et son fils. — La Vrillière. — Voysin. — Torcy. — Desmareis. — Duc de Beauvilliers. — Fénelon archevêque de Cambrai. — Union de M. de Cambrai el de tout le petit troupeau.

— Duc de Charost et sa mère. — Duc el duchesse de Saint-Simon. — Conduite des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers. — Duc de Chevreuse.

— Mgr le Dauphin. — Mme de Maintenon point aux ministres, tout au Dauphin. — Minisires travaillent chez le Dauphin.

Jamais changement ne fut plus grand ni plus marqué que celui que fit la mort de ce prince. Éloigné encore du trône par la ferme santé du roi . sans aucun crédit , et par soi de nulle espérance, il étoit devenu le centre de toutes les espérances et de la crainte de tous les personnages, par le loisir qu'une formidaijle cabale avoit eu de se former, de s'affermir, de s'emparer totalement de lui , sans que la jalousie du roi , devant qui tout trembloit, s'en mît en peine, parce que son souci ne daignoit pas s'étendre par delà sa vie . pendant laquelle il ne craignoit rien avec raison.

On a déjà vu les impressions si différentes qu'elle fit dans l'état et dans le cœur du nouveau Dauphin et de son épouse, dans le cœur de M, le duc de Berry et dans l'esprit de la sienne, dans la situation de M. [le duc] et de Mme la duchesse d'Orléans, et dans l'âme de Mme de Maintenon , délivrée pour le présent de toute mesure et de toute épine pour l'avenir.

M. du Maine partagea de bon cœur ces mêmes affections avec son ancienne gouvernante , devenue sa plus tendre et sa plus abandonnée protectrice. Foncièrement mal, de tout temps, comme on l'a dit, avec Monseigneur, il avoit violemment tremblé de la manière dont on a vu que ce prince avoit reçu les divers degrés de son élévation, et en dernier lieu surtout celle de ses enfants. 11 étoit loin d'être rassuré làdessus du côté du nouveau Dauphin et de Mme la Dauphine , mais un et un sont deux. Délivré de tous les princes du sang en âge et en maintien , dont il avoit su sitôt et si grandement profiter. Monseigneur de moins, et possédé par Mme la Duchesse , lui fut un soulagement dont il ne prit pas même la peine de cacher l'extrême contentement. Il avoit de trop bons yeux pour ne s'être pas aperçu que Mme la Dauphine n'ignoroit Tien de la protection qu'il avoit prodiguée au duc de Vendôme sur tout ze qui s'étoit passé en Flandre . i>our ne pas sentir ce que les maximes du nouveau Dauphin lui faisoient penser sur la grandeur qu'il s'étoit formée, et qu'il ne capliveroit pas aisément par ses souplesses ceux qui pouvoient, et qui, selon toute apparence, pourroient le plus sur lui; Saint-Simon vi 4

Page 1