FÂCHEUX PERSONNAGE DE LUXEMBOURG
ôtant à Rouen et à la province un intendant aussi odieux. Un autre auroit été chassé du moins . depuis que la robe met à couvert de toute autre punition , mais le fils de Bàvilie eut un privilège spécial pour désoler et piller de province en province. On l'envoya à Bordeaux, où il se retrouvera.
Il faut encore se souvenir que , lorsque d'Antin commença son affaire , M. de Luxembourg se joignit à nous contre lui, et qu'en même temps il reprit contre nous la sienne qu'il avoit laissée dormir depuis longtemps , qui fut tout à la fois une bigarrure singulière. L'édit résolu , le chancelier qui , amoureux de son ouvrage , le vouloit rendre autant qu'il ètoit possible agréable à tout le monde, fit souvenir le roi du consentement donné par feu M. de Luxembourg au projet , qui , par rapport à lui, ne contenoit que la même disposition de l'édit, et sur ce principe lui proposa de lui permettre d'en écrire à celui-ci. Il ne se rebuta point du refus qu'il reçut, et revint quelques jours après à la charge, et l'emporta. Il écrivit donc à M. de Luxembourg , le plus poliment du monde . pour lui faire bien recevoir la décision que son père et lui avoient approuvée autrefois. Il fut huit ou dix jours sans réponse. Le roi, impatient de savoir comment M. de Luxembourg avoit pris la chose, et qui n'avoit permis cette communication qu'à regret , se piqua du délai de réponse , et commanda au chancelier de récrire . et sèchement. Celui-ci , fâché du reproche que cela luiattiroit du roi , obéit fort ponctuellement M. de Luxembourg, que la première lettre avoit fort surpris, et embarrassé sur la réponse au point d'un si long délai sans la faire , le fut bien plus de la recharge et du style dont il la trouva. Il fallut pourtant répondre , mais il fut encore cinq ou six jours à composer une lettre pleine de propos confus et de raisons frivoles. Le chancelier en fut piqué au vif. Son honnêteté prodiguée , un succès tout contraire à celui dont il n'avoit pas douté , le reproche du roi qui se fâcha à lui d'une communication inutile et qui tournoit si mal . mirent le maître et le ministre de mauvaise humeur. Le roi voulut que le chancelier répliquât durement, qui n'eut aucune peine à exécuter cet ordre. M. de Luxembourg qui, sans aucun esprit, étoit fort glorieux, et sensible au dernier point, fut outré; il n'osa répondre du même style. Son dépit redoubla à la vue de l'édit avec son nom dedans, et sa cause à son gré perdue. Le monde n'en jugea pas de même ; le consentement de son père , avec qui sa considération étoit tombée , excita un parallèle peu agréable . et on le trouva heureux de sortir de la sorte d'un méchant procès qui pouvoit lui coûter sa dignité de duc et pair de Piney , et le réduire à la sienne de duc vérifié. La mort de Monseigneur avoit achevé de lui ôter sa considération. On a vu ailleurs à l'occasion de l'éclat avec lequel Mlle Choin fut renvoyée par Mme la princesse de Conti . à quel point de liaison intime de cabale le père et le fils étoient avec elle , et avec Clermont son amant qui en fut perdu. Cette liaison, qui avoit toujours subsisté, avoit initié M. de Luxembourg dans tout auprès de Monseigneur, sous le règne duquel il avoit lieu de se promettre beaucoup ; il étoit encore dans la première douleur de la perte de toutes ses espérances , lorsque cet édit acheva de l'affliger.