‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 59 sur 345 · IV 11] PRINCESSE DE CONTI · texte numérisé non relu

IV 11] PRINCESSE DE CONTI

foquer deux ou trois nuits après la mort de Monseigneur , en sorte qu'elle se confessa au curé de Marly.

Elle logeoit en haut au château. Le roi l'alla voir. Le degré étoit incommode ; il le fit rompre pendant Fontainebleau , et en fit un grand et commode. Il y avoit plus de dix ans qu'il n'avoit eu occasion de monter à Marly . et il falloit de ces occasions uniques pour lui faire faire l'essai de ce nouveau degré.

Mme la princesse de Conti guérit à nos dépens. Nous avions le second pavillon du côté de Marly fixe , le bas pour nous , le haut pour M. et Mme de Lauzun. Il est aussi près du château que le premier et n'en a pas le bruit ; on nous y mit pour donner le second à Mme la princesse de Conti seule avec sa dame d'honneur. Quoique ennemie de l'air et de l'humidité , elle le préféra à son logement du château pour s'attirer plus de monde par la commodité de l'abord , et y tint depuis ses grands jours avec la vieillesse de la cour qu'elle y rassembla , et qui , faute de mieux , et par la commodité d'un réduit toujours ouvert, s'y adonna toute.

On jugera aisément du désespoir et de la consternation de cette puissante cabale , si bien organisée , que l'audace avoit conduite aux attentais qu'on a rapportés. Quoique l'héritier de la couronne qu'elle avoit porté par terre se fût enfin relevé , et que son épouse . unie à Mme de Maintenon, se fût vengée de l'acteur principal d'une scène si incroyable, la cabale se tenoit ferme . gouvernoit Monseigneur . ne craignoit point qu'il lui échappât , l'entretenoit dans le plus grand éloignement de son fils et de sa belle-fille , dans le dépit secret de la disgrâce de Vendôme , se promettoit bien de monter sur le trône avec lui, et d'en anéantir l'héritier sous ce règne. Dieu souffle sur les desseins : en un instant il les renverse, et les asservit sans espérance à celui pour la perte duquel ils n'avoient rien oublié ni ménagé. Quelle rage , mais quelle dispersion !

Vendôme en frémit en Espagne , où il ne s' étoit jeté qu'en passant. De ce moment il résolut d'y fixer ses tabernacles, et de renoncer à la France après ce qu'il avoit attenté , et ce qui l'en avoit fait sortir. Mais la guerre, par où il comptoit de se rendre nécessaire, n'étoit pas pour durer toujours. Le Dauphin et le roi d'Espagne s'étoient toujours tendrement aimés ; leur séparation n'y avoit rien changé ; la reine d'Espagne , qui y pouvoit tout , étoit sœur de son ennemie et intimement unie avec elle : le besoin passé , son état pouvoit tristement changer ; sa ressource fut de se lier le plus étroitement qu'il put à la princesse des Ursins et de devenir son courtisan , après avoir donné la loi à nos ministres et à notre cour. On en verra bientôt les suites.

Le Vaudemont se sentit perdu. Moins bien de beaucoup auprès du roi depuis la chute de Chamillart , il ne lui restoit plus de protecteur. Torcy ne s'étoit jamais fié à lui, et Voysin n'avoit jamais répondu que par des politesses crues à toutes les avances qu'il lui avoit prodiguées. Il étoit sans commerce étroit avec les ministres , et dans la plus légère bienséance avec les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, si même il y en avoit. Tessé bien tijaité, mais.ponnu de Mme la Dauphine; la maréchale à'Estrèes , qu'il s'étoit dévouée par d'autres contours . avoient les reiiis trop foibles pour le souteair auprès de Mme la Dauphine , si juste-

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