‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 60 sur 345 · VAUDEMONT ET SES NIÈCES · texte numérisé non relu

VAUDEMONT ET SES NIÈCES

ment irritée contre ses nièces et contre lui , si uni à M. de Vendôme et à Chamillart, Elle s'étoit à la fin dégoûtée de la maréchale d'Estrées. Mme de La Vallière , la plus spirituelle et la plus dangereuse des Noailles , lui avoit enlevé la faveur et la confiance , et n'avoit rien de commun avec une cabale qui marchoit sous l'étendard de la Choin , toujours en garde contre tout ce qui tenoit à son ancienne maîtresse. Vaudemont n'avoit donc plus de vie effective que par le tout-puissant crédit de ses nièces sur Monseigneur, qui lui en donnoit un direct avec lui, et un autre par réflexion de l'attente du futur. Cette corde rompue, il ne savoit plus où se reprendre ; la conduite tout autrichienne du duc de Lorraine portott un peu sur lui depuis que Chamillart n'étoit plus. Bien qu'à l'extérieur on n'eût pas donné attention aux circonstances si marquées , et qui ont été rapportées , de la conspiration tramée en Franche-Comté, qui fut déconcertée par la victoire du comte du Bourg et par la capture de la cassette de Mercy , cela n'avoit pas laissé d'écarter encore plus ce Protée.

Mlle de Lislebonne , pénétrée d'une si profonde chute personnelle et commune, trop sûre de sa situation avec Mme la Dauphine et avec tout ce qui approchoit intimement le Dauphin , n'étoit pas pour se pouvoir résoudre , altière comme elle étoit, à traîner dans une cour où elle avoit régné toute sa vie. Son oncle et elle prirent donc le parti d'aller passer Tété en Lorraine , pour se dérober à ces premiers temps de trouble , et se donner celui de se former un plan de vie tout nouveau.

La fortune secourut cette fée. La petite vérole enleva tout de suite plusieurs enfants à M. de Lorraine , entre autres une fille de sept ou huit ans, qu'il avoit fait élire abbesse de Remiremont, il y avoit deux ans, après la mort de Mme de Salm. Cet établissement parut à l'oncle et à la nièce une planche après le naufrage, un état noble et honnête pour une vieille fille , une retraite fort digne et sans contrainte , une espèce de maison de campagne pour quand elle y voudroit aller, sans nécessité de résidence assidue , ni d'abdiquer Paris et la cour , et un prétexte de l'en tirer à sa volonté , avec quarante mille livres de rente à qui en avoit peu et se trouvoit privée des voitures de Monseigneur et de toutes les commodités qu'elle en tiroit. Elle n'eut que la peine de désirer cet établissement; tout en arrivant en Lorraine , son élection se fit aussitôt.

Sa sœur, mère de famille, plus douce et plus flexible, ne se croyoit pas les mêmes raisons d'éloignement; son métier d'espionne de Mme de Maintenon , dont on a vu d'avance un étrange trait, lui donnoit de la protection et de la considération, dont le ressort étoit inconnu mais qui étoit marquée. Elle ne songea donc pas à quitter la cour , ce qui entroit aussi dans la politique de sa sœur et de son oncle. Mme d'Espinoy donna plutôt part qu'elle ne demanda permission de Remiremont pour sa sœur, laquelle passa avec la facilité pour eux ordinaire. Mlle de Lislebonne prit le nom de Mme de Remiremont, dont je l'appellerai désormais pour le peu de mention que j'aurai à faire d'elle dans la suite.

L'aftaire de Remiremont se fit si brusquement que j'arrivai le soir de la permission donnée , sans en rien savoir, dans le salon, après le souper du roi. Je fus surpris de voir venir à moi, au sortir du cabinet du roi,

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