‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 69 sur 345 · DUC ET DUCHESSE DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

DUC ET DUCHESSE DE SAINT-SIMON

ce qui regardoit l'Étal, la cour et la conduite du Dauphin. Sur leur gnose , ils ne m'en parloient pas ; mais ils étoient à cœur ouvert avec moi sur leur attachement et leur admiration de M. de Cambrai; sur les désirs et les mesures de son retour. Dampierre et Vaucresson m'étoient ouverts en tout temps : les condisciples obscurs y paroissoient librement devant moi, et y conversoient de même; et j'étois l'unique, noa initié en leur gnose, dans ce genre de confiance et de liberté avec eux. Il y avoit déjà bien des années que je m'étois aperçu qu'il s'en falloit tout que Charost ne fût aussi avant que moi dans leur confiance, par bien des choses dont il se plaignoit à moi de leur réserve, que je lui laissois ignorer qu'ils m'avoient confiées; et je ne vis pas depuis qu'il avançât là-dessus avec eux , tandis qu'ils me disoient et consuUoient avec moi toutes choses.

Dans ma surprise de cette différence d'un homme si fort mon ancien d'âge et de cette sorte d'amitié si puissante avec eux , j'en ai souvent che^rché les causes. Son activité étoit toute de corps ; il étoit bien plus répandu que moi dans le monde, mais il savoit peu et ne suivoit guère ce qui s'y passoit de secret et d'important. Il ignoroit donc les machines de la cour , que me découvroient ma liaison avec les acteurs principaux des deux sexes , et mon application à démêler , à savoir et à suivre journellement toutes ces sortes de choses toujours ourieuses , ordinairement utiles, et souvent d'un grand usage.

Mme de Saint-Simon étoit aussi tout à fait dans la confiance de MM. et de Mmes de Ghevreuse et de Beauvilliers , qui avoient une grande opinion de sa vertu , de sa conduite , du caractère de son esprit. J'avois avec eux la liberté de leur tout dire , qui n'eût pas sié de même à la dévotion du duc de Charost ; enfin j'avois eu les occasions , qu'on a vues ici , de les avertir de choses fort peu apparentes et de la plus extrême importance, qu'ils n' avoient même pu croire que par les événements; et cela avoit mis le dernier degré à leur ouverture sur tout avec moi , dont ils avoient de plus éprouvé en tout la plus constante et la plus fidèle amitié de toute préférence.

Ce me fut donc une joie bien douce et bien pure de me trouver le seul homme de la cour dans l'amitié la plus intime , et dans la plus entière confiance de ce qui , privativement à tout autre , et sans crainte de revers, alloit figurer si grandement à la cour, et si puissamment sur le nouveau Dauphin qui alloit donner le ton à toutes choses. Plus ma liaison intime étoit connue avec les deux ducs , et plus je me tins en garde contre tout extérieur trop satisfait, et plus encore important, et plus j'eus soin que ma conduite et ma vie se continssent dans tout leur ordinaire à tous égards.

Dans ce grand changement de scène il ne parut donc d'abord que deux personnages en posture d'en profiter : le duc de Beauvilliers, et par lui le duc de Chevreuse; et un troisième en éloignement, l'archevêque de Cambrai. Tout rit aux deux premiers tout à coup, tout s'empressa

nom de gnostiques donné à des hérétiques qui ])rétendaient qu'il y avait deux clirislianismes : l'un pour le peuple, l'autre pour les initiés.

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