‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 110 sur 319 · ARRÊT DU CONSEIL DE RÉGENCE · texte numérisé non relu

ARRÊT DU CONSEIL DE RÉGENCE

il y avoit quelques personnes de cette noblesse qui se tenoient éloignées dans des coins, qui avoient eu apparemment quelque vent qu'il seroit question d'eux au conseil. Les ducs sortis avec moi me remercièrent d'avoir pensé à ce à quoi ils ne songeoient pas, et de leur avoir donnéun exemple qu'ils avoient suivi aussitôt, et dont, comme leur ancien en tous, j'étois plus en droit de faire. L'affaire dura assez, après quoi M. lej duc d'Orléans sortit^sans en entamer d'autres, et nous sûmes aussitôt l'arrêt qui venoit d'ffre rendu.

Dans tout le cours de ce long vacarme (car il ne se peut rendre que par ce nom) , les ducs , avec raison fort tranquilles sur leur dignité , ne s'assemblèrent pas une seule fois , ni tous , ni quelques-uns , ne firent aucun écrit , et ne députèrent pas une seule fois au régent. Par même raison ils demeurèrent dans la même inaction sur cet arrêt , qui étourdit étrangement cette prétendue noblesse à qui le régent fit en même temps défendre de s'assembler désormais. Tout se débanda, la plupart en eïïet et commença à ouvrir les yeux , et à avouer sa folie : presque tous en apparence. Ce fut à qui courroit au Palais-Royal s'excuser, où tous furent reçus honnêtement , mais sèchement , ce qui diminua encore le nombre, avec l'opinion que ces mouvements fussent du goût du régent, qui donna place à la crainte de lui déplaire, au désespoir de réussir, et au dépit d'avoir été trompés et menés par le nez. Mais les plus entêtés se laissèrent persuader par les confidents de l'intrigue , à qui il importoit si fort de ne pas laisser démancher le parti , et qui n'oublièrent rien pour en arrêter la totale dissipation , où pourtant il ne se fit plus rien que dans les ténèbres.

M. de Noailles, pour le rassurer un peu, profita de la mort de Lannion, lieutenant général, pour faire donner le gouvernement de Saint- Malo qu'il avoit cà Coetquen, son beau-frère, son agent, et des pins avant parmi cette noblesse . dont les fauteurs qui obsédoient le régent lui persuadèrent dans la même vue d'en retirer M. de Laval par une pension de six mille livres, grâce bien forte à un homme qui avoit quitté le service, et qui ne pouvoit l'avoir méritée que par ses séditieuses clameurs. Aussi verrons-nous combien le régent y fut trompé.

Ce M. de Laval si totalement enrôlé par M. et Mme du Maine, et qui étoit avec M. de Rieux depuis longtemps dans le secret de leurs vues et de leurs complots , étoit un homme à qui il ne coûtoit rien de tout prétendre et de tout hasarder. Dès la mort du roi , profitant de la débandade de la draperie , il avoit demandé et obtenu du régent la permission de draper, à titre de parenté, sur ce que les Laval avoient eu une duchesse d'Anjou , reine de Naples et de Sicile , qu'il faisoit extrêmement valoir. Il savoit assez , et de plus il comptoit assez sur l'ignorance publique , pour ne craindre pas d'être démenti. Cette eflronierie en effet en avoit besoin. Il est vrai que Jeanne de Laval , fille de Guy XIII , épousa en septembre 1454, le bon René, duc d'Anjou et comte de Provence , roi titulaire de Naples , Sicile , Jérusalem , Aragon , etc. , qui mourut à Aix en Provence, eu juillet 1474', et Jeanne de Laval, sa

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