ARRÊT DU CONSEIL DE RÉGENCE
se détacha , lui fit des excuses ; beaucoup témoignèrent leur regret aux ducs de leur connoissance. Mais si les sages prirent ce parti, ils ne furent pas le plus grand nombre. Les conducteurs et le très-peu de partisans du vrai secret redoublèrent d'efforts et d'artifice pour retenir et rallier leur monde, et pour l'irriter du mauvais succès de leur députation. Les huit députés surtout s'y signalèrent, mais ils n'eurent plus le ^•'^'■be si haut. Ils firent parler au régent , mais comme à la fin il avoit clair, il ne les marchanda pas longtemps, avec toutefois ses adou- ...-^ements accoutumés dont nulle expérience ne le pouvoit défaire, et quil ne put refuser à ceux qui l'obsédoient , et qui n'oublioient rien pour lui faire peur; il en eut en efïet , et c'est ce qui précipita la fin du bruit de ces belles prétentions.
Il fut rendu un arrêt l'après-dînée du samedi 14 mai , au conseil de régence, qui est en ces termes : « Sa Majesté, étant en son conseil de l'avis de M. le duc d'Orléans , régent . a fait très-expresses inhibitions et défenses à tous les nobles de son royaume . de quelque naissance , rang et dignité qu'ils soient, de signer la prétendue requête, à peine de désobéissance, jusqu'à ce qu'autrement en ait été ordonné par Sa Majesté, suivant les formes observées dans le royaume, sans néanmoins que le jtrésent arrêt puisse nuire ni préjudicier aux droits, prérogatives et privilèges légitimes de la noblesse, auxquels Sa Majesté n'entend donner aucune atteinte, et qu'elle maintiendra toujours à l'exemple des rois ses prédécesseurs, suivant les règles de la justice. » Cet arrêt, tout emmiellé qu'il fût , sapoit par le fondement le chimérique objet qui avoit iM massé cette prétendue noblesse. La défense de signer la requête, qui eioit le mémoire porté au Palais-Royal, tourné en requête toute prête, 1;: mention d'observer les formes du royaume, celle de l'exemple des . . 1^ prédécesseurs et des règles de la justice, proscrivoit d'une part une mblée informe, tumultueuse, sans nom qu'usurpé et faux, sans . -sion, sans autorité, sans pouvoirs, et maintenoit ce qui étoit des formes et de tout temps , sous les rois prédécesseurs , tels que la dignité des ducs , dans toutes leurs distinctions , rangs et prérogatives ; aussi fut-ce un coup de foudre sur cette prétendue noblesse. On parla de quelque autre affaire courte au commencement de ce conseil, après laquelle celle-ci fut mise sur le tapis par M. le duc d'Orléans. A l'inslant, je regardai les ducs du conseil, puis me tournant au régent, je lui dis que, puisqu'il s'alloit traiter de l'affaire de ces messieurs de la noblesse, je n'oubliois point que nous étions tous du second des trois cidres du royaume, et que je le priois de me permettre de n'être pas juge, et de sortir du conseil. Je me levai en même temps, et quoique moi ni les autres ducs n'y eussions été préparés en aucune sorte , regardant la table quand j'eus fait quelques pas, je vis tous les ducs du cons;ul qui me suivirent. Quittant ma place, le duc de Toulouse me dit tout bas : « Et nous, que ferons-nous? — Tout ce qu'il vous plaira, lui (lis-je ; pour nous autres ducs , je crois que nous nous devons de sortir. '> Nous nous mîmes ensemble dans la pièce d'avant celle du conseil pour ^ ! entrer après l'affaire. Presque aussitôt nous vîmes les princes du sang les bâtards sortir. Cela fit un grand mouvement dans ces dehors, où