‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 120 sur 319 · RÉFLEXIONS SUR LA REQUÊTE DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LA REQUÊTE DE LA NOBLESSE

que, s'y agissant du droit d'habilité à la succession à la couronne, il n'y avoit en cette matière de juges compétents que les états généraux du royaume, et entre ces trois états, le seul second ordre qui est celui de la "noblesse. L'audace étoit sans exemple. C'étoient des gens ramasses, sans titre et sans pouvoir, qui usurpoient le respectable nom de la noblesse, qui, n'ayant point été convoquée par le roi, ne pouvoit faire corps , s'assembler , députer , donner des instructions , ni autoriser personne: ainsi, dès là, très-punissables. Usurpation pourquoi faite? Pour attenter à l'autorité du régent . et sans être , sans existence , sans consistance , lui arracher une cause si majeure pour s'en saisir eux-mêmes , sans autre droit que leur bon plaisir. L'ineptie n'étoit pas moindre. Dans leur folle prétention . ils étoient la noblesse en corps . par conséquent le second ordre de l'État : et ce second ordre de l'État , si auguste et si grand, se prostitue à cette bassesse sans exemple de présenter une requête à autre qu'au roi. de la présenter à un tribunal de justice qui . si relevé qu'il soit . n'est que membre , et non pas ordre de l'État , et non-seulement membre d'un ordre , mais du troisième , qui est le tiers état . si disproportionné de l'ordre de la noblesse , et ce prétendu ordre de la noblesse encore présente à ce simple tribunal de justice, membre du tiers état, une requête intitulée : A nos seigneurs de parlement, supplient, etc. Ce n'est pas la peine d'être si glorieux, si fous et si enivrés de sa naissance , et de l'état que l'orgueil et la vanité insensée lui veut attribuer , que de la mettre ainsi sous les pieds d'une compagnie de gens de loi . et d'invoquer son autorité pour user, par sa protection et son prétendu pouvoir , de celui qu'on prétend ne tenir que de sa naissance , en chose si capitale que la décision sur la succession à la couronne. Si jamais on voyoit des états généraux assemblés , ces messieurs de la requête auroient bien à craindre le châtiment du second ordre des trois états du royaume , et qu'il ne voulût plus reconuoître pour siens , des nobles qui , en tant qu'il a été en eux , l'ont avili et dégradé jusqu'à les jeter dans la poussière aux pieds de nosseigneurs membres du tiers état. Ni l'audace ni l'ineptie , quoique l'une et l'autre au plus haut comble, ne se présentèrent point à l'esprit ni au jugement de ces messieurs. Ils se laissèrent fasciner d'une démarche hardie , qui mettoit au jour une si belle prétention, sans s'apercevoir qu'ils étoient d'une part dépourvus de tout titre, et qu'ils se déshonoroient complètement de l'autre par ce recours au parlement.

Cette compagnie plus sage qu'eux, et qui savoit mieux mesurer ses démarches , eut plus d'envie de rire de celle-là que de s'en enorgueillir. Cette rare requête . ou plutôt unique depuis la monarchie , n'eut pas été plutôt présentée que , quelque abandonné que fût le premier président à M. et à Mme du Maine , sans qui cette folie ne s'éloit pas tentée dans l'espérance pour dernière ressource d'effrayer M. le duc d'Orléans par cet éclat , et l'empêcher de passer outre au jugement . le premier président, dis-je, n'osa branler, et l'alla porter au régent accompagné des gens du roi et lui demander ses ordres.

Avant d'aller plus loin, la nécessité de constater la vérité des faits m'oblige ici à une «ligression nouvelle. Dangeau. dont je me réserve à

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