‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 125 sur 319 · CONSEIL EXTRAORDINAIRE DE RÉGENCE · texte numérisé non relu

CONSEIL EXTRAORDINAIRE DE RÉGENCE

mier président lui avoit présenté; le chancelier leur dit que le roi leur feroit savoir sa volonté.

L'aprés-dînée du même jour se tint le conseil de régence extraordinaire pour le jugement , qui fut continué le lendemain matin jeudi !•' juillet. L'arrêt ne fut pas tout d'une voix. Saint-Contest fit un trèsbeau rapport et fut entier pour les princes du sang ainsi que la plupart des juges. La rare bénignité de M. le duc d'Orléans, que tant de criminels et d'audacieux manèges n'avoient pu émousser , sa facilité . sa foiblesse pour ceux qui l'obsédoient et qui étoient aux bâtards , quelque vapeur de crainte , et cette politique favorite divide et impera , le mit en mouvement pour faire revenir les juges à quelque chose de plus doux. La succession à la couronne fut totalement condamnée , le rang des enfants supprimé, celui des deux bâtards modéré. L'arrêt, tourné en forme d'édit , fut trouvé trop doux au parlement , et pour cette raison enregistré avec difficulté le mardi 6 juillet. Et malgré la teneur de l'édit, M. le duc d'Orléans . de pleine autorité, le modéra de fait encore, en sorte que les bâtards n'y perdirent que l'habilité de succéder à la couronne , et le traversement du parquet au parlement. M. le Duc défendit aux maîtres d'hôtel du roi de lui laisser présenter la serviette par les enfants du duc du Maine; le duc de Mortemart, premier gentilhomme de la chambre d'année , leur refusa le service de prince du sang , et il y eut difficulté dans les salles des gardes de prendre les armes pour eux. M. le duc d'Orléans ordonna sur-le-champ qu'ils fussent traités en princes du sang à l'ordinaire , et comme avant l'arrêt : ce qu'il fit exécuter. Cette très-étrange bonté n'empêcha pas Mme du Maine de faire les hauts cris comme une forcenée, ni Mme la duchesse d'Orléans de pleurer jour et nuit, et d'être deux mois sans vouloir voir personne , excepté ses plus familières et en très-petit nombre , et encore sur la fin. M. du Maine avoit le don de ne montrer jamais que ce qui lui convenoit , et ses raisons pour en user en cette occasion. Il ne vint pourtant pas au premier conseil de régence , il fit dire qu'il étoit incommodé , mais il se trouva au second à son ordinaire. Le comte de Toulouse parut toujours le même, et ne s'absenta de rien. Excepté les enrôlés avec M. du Maine , le reste du monde fut étrangement mécontent , et les princes du sang encore davantage , d'une si démesurée mollesse , mais n'en pouvant plus tirer mieux , ils triomphèrent de ce qu'ils avoient obtenu.

Les six prisonniers, bien servis et bien avertis par d'Effiat, écrivirent au bout d'un mois à M. le duc de Chartres, qui envoya leur lettre ù M. le duc d'Orléans par Cheverny , son gouverneur, de même nom que Clerraont-Gallerande l'un d'eux. M. le duc d'Orléans fit espérer leur prochaine liberté. Le samedi 17 juillet, le premier écuyer alla par ordre du régent prendre les trois qui étoient à Vincennes , et Cheverny les trois qui étoient à la Bastille , et les amenèrent chez M. le duc de Chartres , qui alla les mener à M. le duc d'Orléans. Le régent leur dit qu'ils connoissoient assez qu'il ne faisoit du mal que lorsqu'il s'y croyoit fortement obligé. Pas un des six ne prit la peine de lui dire une seule parole , et se retirèrent aussitôt. Cette sortie de prison eut tout

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