SONT ARRÊTÉS
jugement d'une affaire dont le régent du royaume est saisi , qu'il a déclaré qu'il va juger, qui s'y est engagé par des démarches juridiques et publiques , pour lui en ôter la connoissance , comme si le parlement pouvoit plus que le régent . et pour la faire renvoyer à un tribunal qui n'existe point. Le régent sentit qu'il falloit opter entre lâcher tout à fait les rênes du gouvernement et faire une punition exemplaire. Il porla cette requête au conseil de régence , où elle nous fut lue avec les signatures. On en raisonna sans opiner, et le régent en parut fort altéré; mais ceux qui l'obsédoient , aidés de sa foiblesse et de sa facilité , de plus contredits de personne , car moi ni pas un autre duc n'en dîmes pas un seul mot, trouvèrent moyen de tourner cette punition de la manière la plus singulière.
On fit l'honneur à ces six messieurs qui avoient été au parlement présenter la requête , de les faire arrêter par des exempts des gardes du corps, le samedi matin 19 juin, qui les conduisirent partie à la Bastille, partie à Vincennes , où ils furent comblés de civilités et de toutes sortes de bons traitements, sans pourtant voir personne. Cet emprisonnement fit grand bruit parce qu'on n'en attendoit pas tant de l'infatigable débonnaireté de M. le duc d'Orléans; mais la manière si distinguée en fit encore davantage , et tant de ménagements , si fort déplacés , firent triompher la prétendue noblesse, et envier publiquement l'honneur d'être des prisonniers. Trois jours après , il courut un libelle extrêmement insolent et séditieux, intitulé Écrit des trois états, qui ramena le souvenir des écrits les plus emportés de la Ligue. Il ne parut que manuscrit, mais dix mille copies à la fois, qui se multiplièrent bien davantage.
Parmi tout ce bruit. Saint-Contest travailloit souvent avec M. le duc d'Orléans, et il travailloit en même temps avec les six commissaires, qui allèrent aussi deux fois tous six travailler avec M. le duc d'Orléans. Outre ceux du conseil de régence qui n'étoient point parties ni ducs , et qui demeuroient juges de l'affaire des princes du sang et bâtards, le maréchal d'Huxelles . MM. de Bordeaux , de Biron . et Beringhen , premier écuyer , leur furent joints des conseils de conscience , de guerre , des affaires étrangères et du dedans. Cela ne fut déclaré que le dimanche matin 27 juin, au conseil de régence, c'est-à-dire après qu'il fut levé en sortant. Le lendemain lundi, le comte de Toulouse, qui se tenoit fort à part dans tous ces mouvements qui n'étoient point du tout de son goût, rendit compte à M. le duc d'Orléans qu'il avoit reçu une lettre , souscrite de quantité de gentilshommes de Bretagne , sur l'impossibilité où étoit cette province de payer le dixième, et de la saga réponse qu'il leur avoit faite. Je remarque cette lettre comme le premier coup de tocsin de ce qu'on verra dans la suite eu Bretagne. Le mercredi 30 juin, le premier président, tous les présidents à mortier et les gens du roi allèrent à onze heures aux Tuileries , députés pour venir rendre compte au roi de ce qui s'étoit passé sur l'affaire des princes du sang et légitimés , lui remettre la requête et protestation de la prétendue noblesse, et recevoir ses ordres : M. le duc d'Orléans présent, et le chancelier, à qui le roi remit de la main à la main ce que le pre-