EMBARRAS DES FINANCES
veau , m'écarteroit de mon sujet , renouvelleroit inutilement ma douleur amère de la perte d'un tel prince , et de l'inutilité de ce que j'avois conçu et digéré avec plus de joie encore que de travail pour l'honneur et l'avantage solide de la France. L'autre a été si fort agité avec Votre Altesse Royale avant et après la mort du roi , et cette époque est si récente , qu'elle ne peut être échappée de votre mémoire.
Ce qui fait présentement naître la pensée d'une tenue d'états généraux est , par ce que Votre Altesse Royale m'a fait l'honneur de m'en dire , subsidiairement l'état d'engagement et de difficulté où en est l'affaire des princes , mais effectivement le terme d'embarras où se trouvent les finances; et puisque c'est de ce dernier point qu'il s'agit réellement ici , c'est celui qu'il faut traiter le plus solidement qu'il me sera possible par rapport au remède des états généraux , en y faisant entrer après en son temps celui des princes.
Beaucoup de raisons m'empêcheront d'entrer en aucun détail sur l'administration des finances. J'évite toujours avec soin de traiter des choses passées , où il n'y a plus de remèdes à proposer. Je me suis rendu une si exacte justice sur mon incapacité spéciale en ce genre que Votre Altesse Royale sait que je n'ai pu être vaincu ni par son choix , ni par ses bontés , pour m'en charger. J'ai pris la liberté de lui en proposer un autre , comptant sur son esprit , sur son application , sur son désintéressement et naturel et fondé sur les biens et les établissements infinis dont il est environné. Si de profonds détours, si des desseins artifîcieusement amenés à leur période , en ont été pour moi un fruit amer aussi surprenant qu'imprévu et subit , ce m'est un nouveau motif de silence , quelque impartial que je me sente quand il est question du bien de l'Élat, ou même de traiter d'affaires. J'ose même en attester Votre Altesse Royale , qui a eu souvent occasion d'en être témoin , soit en particulier, soit dans le conseil. Je n'ai que des grâces infinies à lui rendre de ce que ses bontés ont seules excité tout cet effet d'ambition, et de ce qu'elles sont demeurées invulnérables à toutes les étranges machines conjurées et rassemblées contre moi durant ma plus just^ et ma plus profonde confiance.
Quel que soit l'état des finances , que , jusqu'à ce mois-ci , Votre Altesse Royale m'avoit toujours assuré devoir sûrement prendre une bonne consistance, je suis persuadé qu'il y a du remède, si on veut le chercher avec docilité , et se départir de même de ce que l'expérience montre avoir été mal commencé. Encore une fois, je le répète, je ne prétends point blâmer une administration dont je me suis senti incapable, que je ne puis ni ne voudrois examiner, et dans laquelle je me persuade qu'on a fait du mieux qu'[on] a pu. Mais sans tomber sur une gestion inconnue , et raisonnant seulement sur l'effet de cette gestion dans une matière que le feu roi a laissée dans un état infiniment difficile et violent , je dis que la bonté des peuples de ce royaume, et l'habitude du gouvernement monarchique, ne doit faire chercher le remède qu'entre les mains de Votre Altesse Royale , et dans les conseils des personnes intelligentes en cette matière qu'elle en voudra consulter par elle-même , ou par ceux qui , sous elle , conduisent les finances.