CHOC ENTRE LES DEUX PREMIERS ORDRES
presque tout entier composé. Ce n'est pas que je pense que tout le troisième ordre soit riche ; mais je dis que , à la réserve d'un très-petit nombre , tous sont considérables à la noblesse ou par les biens ou par les emplois. En effet, pour un créancier du second ordre, on en trouveroit mille du troisième , et au contraire un débiteur du troisième pour mille du second. A l'égard des charges, outre que le nombre de celles de judicature . de plume et de finances , est infini , c'est qu'il n'en est aucune qui n'ait une autorité et un pouvoir direct ou indirect , qui ne souffre aucune comparaison avec quelque charge militaire que ce soit dont la proportion puisse être faite.
Par ce court détail il paroît que presque tout le premier et le second ordre seront très-animés contre les rentes , et le troisième , au contraire , très-ardent et très-attentif à les soutenir. De ce débat , qui est fondé sur la destruction de la fortune des uns et des autres , on ne peut attendre qu'aigreurs , cabales , animosités. Les me%%o-termine auront en ce genre , plus qu'en aucun autre, le sort d'amuser le tapis, de nourrir les intrigues , d'aiguiser les haines , et de demeurer inutiles. Aucun foncier ne voudra renoncer à une si belle occasion de se délivrer de ce qui l'opprime. Aucun rentier ne donnera son fonds, ni partie de son fonds, au bien public ni à l'avantage de la paix et de la tranquillité. Dans ce contraste que fera Votre Altesse Royale entre le clergé et la noblesse d'une part, et les parlements et autres cours, les négociants, tout le tiers état de l'autre ? Ce mal sera en sus de tous les autres. N'est-il pas plus sage de le prévoir et de l'avoir de moins , puisque , au lieu d'un remède que vous voulez demander, et que vous voulez espérer des états généraux, non-seulement vous n'en aurez point, mais vous vous procurerez cette division de plus qui peut devenir très-embarrassante? Mais, après avoir examiné la chose par les ordres , recherchons-la par les provinces. Cela n'apprendra pas beaucoup de choses nouvelles, puisque les députations des provinces ne sauroient être que des trois ordres ; mais cette manière achèvera d'approfondir.
Je pense qu'on n'y trouvera que peu de différence. Les provinces d'états ' seront partagées. Les unes voudront se continuer la douceur de l'administration , les autres celle de la perception facile de ces rentes créées sur les états ; d'autres , qui n'en sentent que le poids , et qui ont jalousie de l'autorité que cette gestion donne à ceux qui l'ont en quelque degré que ce soit , désireront s'en affranchir. Quelques gens voisins de Paris seront aussi pour les rentes ; mais toutes les provinces qui n'ont point d'états y seront très-contraires , et , comme elles sont en plus grand nombre , le parti des fonciers contre les rentiers en sera d'autant plus fort. Ainsi , de quelque manière que cette affaire puisse être considérée, on ne peut la regarder que comme la pomme de discorde qui rendra la tenue des états généraux longue , difficile , infructueuse pour l'objet qu'on s'en propose , et périlleuse pour la division qui seule en résultera. En voilà suffisamment pour la première partie, quant aux
\ . Voy., sur les provinces ou pays d'états, les notes à la fin du volume.