DEMANDES DES ÉTATS
cise ; et considérez avec la même application si vous serez en état et en volonté de leur accorder et tenir ainsi toutes les demandes, même justes , qu'ils vous pourront faire pour leur soulagement. Pour faire cette méditation avec fruit , portez d'abord votre vue sur vous-même , et ensuite sur eux. Sur vous-même, examinez bien si votre bonté naturelle, votre désir d'accorder et de plaire, la facilité qui en résulte, et le sérieux qu'imprime toute la nation assemblée, laissera assez de fermeté en vous pour ne vous point détourner , à leurs demandes , du discernement mûr que vous aurez fait de ce que vous pourrez et de ce que vous ne pourrez pas , et pour vous soutenir dans les pas glissants qui se présenteront souvent. Ne craignez-vous point que , pressé dans ces moments critiques par le poids du nombre, par l'évidence de la justice, par l'adresse , la louange , l'espérance , semées dans un beau et solide discours, par la majesté du spectacle, vous ne puissiez résister à tant de forces , et que votre imagination , trouvant alors possible ce que vous aviez bien connu ne l'être pas auparavant , vous ne veniez à accorder ce que vous aviez résolu de refuser ; que si vous ne l'accordez pas tout à la fois , vous ne vous serviez de termes dont la douceur sera tournée après d'une manière équivoque, qui produira des discussions fâcheuses auxquelles vous succomberez par les mêmes voies qui les auront produites ; enfin que vous ne fassiez souvent par impulsion subite ce que vous auriez bien résolu de ne faire pas? Alors par où se relever de ces sortes de chutes dont le principe est excellent, mais dont les suites peuvent devenir grandes? et permettez-moi d'aller plus loin. Je ne vous rappellerai point les choses, je ne ferai que vous les indiquer. Comparez les états avec l'assemblée du clergé qui étoit lors de la mort du roi , et avec une autre assemblée continuelle (le parlement) , qui ne peut avoir de proportion avec celle des états généraux. Souvenez-vous-en vousmême, et de ce qui s'est passé à leur égard, et voyez si vous devez espérer de vous-même que l'assemblée de la nation vous imposera moins que n'ont fait ces deux assemblées particulières , toutes deux séparément l'une de l'autre.
Sur les états , examinez-en bien la multitude des membres , et que tout y passe, non au poids des voix, mais à leur pluralité. Or, sans manquer à l'amour , au respect, ni à l'estime que j'ai pour ma nation, je crois qu'il seroit bien téméraire d'avancer que, après une interruption si longue de ces sortes d'assemblées , qu'à la suite de tant d'années où il étoit si inutile, si difficile, si dangereux même d'être et de paroître instruit, le plus grand nombre sera le plus mesuré en demandes, et bien capable des raisons qui se pourront représenter là-dessus. Non , Monseigneur, le besoin extrême, le désir pareil, la justice du soulagement, le manque absolu de confiance régleront le fond et la forme pour les demandes, et c'est vouloir s'abuser que s'attendre à mieux. Votre Altesse Royale trouvera une foule de gens qui, dans le désir de se distinguer, lui promettront merveilles de leur crédit dans l'assemblée. Souvent elle les en payera d'avance , qui n'est pas un léger inconvénient en soi , et pour l'exemple et les suites , et ces merveilles s'en iront en fumée, ou parce que ces entremetteurs n'y auront pas le crédit dont