DANGER DES PROMESSES SANS SUCCÈS EFFECTIF
Vous l'avez promis solennellement et à diverses reprises , depuis que vous tenez les rênes du gouvernement , ce soulagement si nécessaire et si désiré. Jusqu'ici, c'est-à-dire depuis vingt mois, nul effet ne s'en est suivi ; et il ne faut pas vous le taire , tout a été levé avec plus d'exactitude et de dureté que sous le dernier gouvernement, jusque-là que chacun s'en plaint, et avec une comparaison amère. Les provinces en retentissent. Le temps des états deviendra-t-il enfin celui du soulagement? Vous qui voyez avec tant de pénétration, espérez-vous le pouvoir donner tel qu'il plaise? et si la situation des finances ne le permet pas , croyez-vous pouvoir empêcher les états de le prendre aux dépens de ce qui en pourra arriver? et combien la lutte, s'il en naissoit une entre Votre Altesse Royale et eux , seroit-elle pénible et douloureuse , et quelles en pourroient être les suites dedans et dehors !
Ce seroit vous abuser d'une manière aussi dangereuse que facile d'espérer contenter en donnant peu et promettant davantage. Je le répète, et Votre Altesse Royale ne peut trop se persuader cette vérité, les promesses sont usées , et les vôtres comme toutes les précédentes. Vous en avez fait de publiques , par des lettres rendues telles par votre ordre aux intendants à l'entrée de votre régence , et vous n'avez pu les exécuter. Le haussement des monnoies, que je crois avoir été très-nécessaire, mais dont on devoit avoir prévu la nécessité de plus loin , a , au même temps , suivi de trois semaines une déclaration solennelle qui assuroit le public qu'elles ne seroient point augmentées. Je passe sous silence d'autres occasions qui , pour n'avoir pas regardé l'administration générale , n'en ont pas été moins publiques. Concluez de toutes que rien ne sera agréable ni admis que des soulagements présents, effectifs, certains, durables par leur nature et leur forme , et que toutes ces différentes qualités , qui n'y seront pas moins requises que les soulagements mêmes , ajouteront des embarras infinis à la nature de la chose, déjà de soi si difficile. De croire après l'issue des états sortir comme on pourroit des engagements pris avec eux, c'est-à-dire n'en tenir que le possible, ce seroit se précipiter dans les plus dangereuses confusions , donner lieu aux tumultes , aux refus appuyés du nom des états , à les voir [se] rassembler d'euxmêmes d'une manière dont l'autorité royale ne pourroit souffrir sans y trop laisser du sien, ni peut-être l'empêcher sans de grands désordres, [sans] rompre à jamais toute confiance avec les trois ordres et avec chacun de ce qui les compose , et signaler un manquement de foi qui seroit un exemple à toute l'Europe , à profit certain contre vous et contre la France à tous vos ennemis et à tous les siens , en un mot [sans] vous diviser de l'État et de la nation, [ce] qui seroit le comble des plus irrémédiables malheurs , dont on ne peut trop méditer et craindre les suites funestes , qui dureroient non-seulement autant que votre régence mais que votre vie, par la juste indignation du roi et de la nation même. Ce seroit encore ici un vaste champ à s'étendre , mais la matière en est trop triste et trop palpable pour s'y arrêter plus longtemps.
5° Considérez donc bien attentivement , Monseigneur , de ne rien promettre aux états , soit pour la chose , soit pour la manière que ce que vous serez en état et en volonté de tenir avec une fidélité exacte et pré-