DEUXIÈME ORDRE
VOUS , et nouvelles longueurs pour terminer les affaires pour iesquelles vous auriez convoqué les états généraux. Il seroit donc infini de rapporter tout dans un mémoire. Il suffit d'y toucher les choses principales. C'est à l'excellent esprit de Votre Altesse Royale à suppléer au reste. Examinons maintenant le second ordre , autrefois le seul des étals.
Oui, monseigneur, le seul de l'État. Ce n'a été qu'en vertu de grands fiefs et de la qualité de grands feudataires que les prélats ont commencé à être admis avec la noblesse aux délibérations de l'État. Les ecclésiastiques, dépourvus de cette libéralité de la piété de notre ordre, ne s'y mêloient point. Peu à peu la quantité des fiefs, jointe à celle du sacerdoce , sépara les grands feudataires ecclésiastiques d'avec les grands feudataires laïques , et fit des premiers le premier ordre par le respect de leur caractère, qui dans la suite admirent parmi eux d'autres ecclé siastiques moins considérables pour le temporel. Ces deux ordres subsistèrent seuls jusqu'après le malheur de la bataille de Poitiers', que les nécessités de l'État épuisé firent recourir à ceux qui le purent secourir et qui , en cette considération , furent consultés et furent admis en troisième ordre avec les deux premiers , ce qui a continué depuis Charles V. Je ne puis me refuser un souvenir si précieux de notre origine , une avec la monarchie , dans l'état d'abjection , de décadence , d'oppression où notre ordre se voit réduit , tandis que les deux autres , que nous avons vus naître , conservent une dignité que celle de l'autel communique au premier , et une autorité que notre ignorance , notre foiblesse, notre désunion , voilées du nom de la gloire et des armes , a laissé usurper au troisième, appuyé de la longueur du dernier règne et de l'esprit qui y a continuellement dominé. Mais, indépendamment d'un souvenir si cher , il n'est point étranger à la matière présente . et ma déférence pour ce troisième ordre , puisqu'il en fait un des trois qui composent l'État , m'auroit fait supprimer ce que j'ai dit et ce que j'ai encore à dire là-dessus, sans la nécessité qui va en être développée.
Le troisième ordre ne paroît que sous le quatorzième règne de la race capétienne % et il n'existe solidement que depuis; il est donc clair qu'il n'a eu aucune part à aucun des trois changements des trois maisons qui ont porté l'une après l'autre la couronnne de France , encore moins au choix des rois qui s'est fait plus d'une fois dans les deux premières races , ni à la fixation des aînés sur le trône , en vigueur non contredite depuis le roi Robert, fils de Hugues Capet, en faveur de Henri I". La célèbre querelle pour la couronne , et sur la loi salique , entre Philippe
^. Le tiers état flgure déjà aux étais généraux de 1302, sous le règne de Philippe le Bel. Voy. noies à la fin du volume.
2. 11 est impossible de concilier celle assertion avec celle de la page précédenle, où Sainl-Simon déclare qu'il n'y eul que deux ordres jusqu'à la bataille de Poitiers , c'esl-à-dire jusqu'au règne de Jean, en 1356. Ici , au contraire , Saint-Simon place l'apparition du tiers élat beaucoup plus lot, puisque le quatorzième roi de la dynastie capétienne est Charles IV le Bel , ou même son frère Philippe V, si l'on compte Jean 1", fils de Louis X, qui ne vécut que quelques jours.