‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 148 sur 319 · JURIDICTION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

JURIDICTION ECCLÉSIASTIQUE

sera point [à] l'épreuve de l'amour-propre , et qui , peut-être sans le vouloir expressément, fomenteront plus qu'ils n'apaiseront! Et si, à l'exemple du cardinal du Perron aux états de la minorité de Louis XIII , dont Votre Altesse Royale ne peut trop lire la relation ' , quelque grand prélat s'avise de faire une harangue à la romaine ; quelles en peuvent être les conséquences si on la laisse passer , ou si on prend le parti d'en réprimer les maximes et les abus ! Rome , en ce temps-là , ne partageoit pas les esprits par une bulle adorée des uns , abhorrée des autres , suspecte au moins à nos libertés parmi toutes les personnes neutres sur le fond des propositions dogmatiques, mais qui sont instruites de nos maximes et de quelle importance en est la conservation ; et cependant ce discours du cardinal du Perron scandalisa , troubla l'assemblée , et , jusqu'à la fin du dernier règne , ceux de son sentiment pour Rome ont su en tirer de grands avantages. Si quelque chose d'approchant arrivoit aux états, comme il est difficile que la nature de l'affaire ne le produise , quel embarras pour Votre Altesse Royale entre les deux partis dont l'un relèveroit vivement l'autre ! Et si les parlements , singulièrement destinés à veiller au maintien des libertés de l'Église gallicane se portoient à quelque démarche à ces occasions , et que les états vinssent à prétendre que c'est attenter à la dignité et à la liberté de leur assemblée , quelle division dans le troisième ordre , et quelles nouvelles difficultés pour vous !

Si , après ces considérations , on se renferme uniquement dans la matière qui forme celle des délibérations des états . n'est-il pas à craindre qu'il n'y résulte de la division entre un grand nombre de députés du premier et du troisième ordre , de l'aigreur que les procédures de plusieurs prélats et les arrêts de plusieurs parlements ont fait naître, et que des personnes qui se croient avoir été réprimées mal à propos ne soient disposées à s'élever dans les délibérations d'autres matières contre les avis de celles des jugements desquelles elles sont encore mécontentes. C'est le moins qui puisse arriver , et une foiblesse de l'humanité qui ne se rencontre que trop partout , et qui néanmoins pourroit apporter une grande longueur et de grands mouvements aux affaires. Il y auroit bien d'autres considérations à représenter sur le premier ordre aux réflexions de Votre Altesse Royale. Celle de la juridiction ecclésiastique , trop bornée à son gré par les parlements , pourroit former ici un article long et important. On peut aisément prévoir que le premier ordre en fera un de demande là-dessus , qu'il pressera d'autant plus vivement que l'affaire de la constitution a donné lieu à renouveler ses désirs d'une autorité plus étendue. Cette même affaire a pu aussi faire sentir à Votre Altesse Royale la nécessité du contre-poids , et les parlements ne seront pas moins ardents à soutenir l'usage présent à cet égard , s'il vient à être attaqué par des demandes du premier ordre , nouvelles épines pour

i. La relation des étals généraïax de 1614, à laquelle renvoie Saint-Simon, est probablement celle de Florim. Rapine inlilulée : Recueil très-exact et trèscurieux de tout ce qui s'est fait et passé de singulier aux états tenus a. Paris en Vannée K)I4 (Paris, 1651, in-4).

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