‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 157 sur 319 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

ment, et labonté de Votre Altesse Royale excusera la disproportion du mien . Qu'elle me permette de lui protester de nouveau le désintéressement entier, avec lequel je l'ai fait, et la peine que j'ai eue à des remarques que j'aurois omises si elles n'avoient pas été essentielles au sujet. Quoiqu'il ne soit que pour vous seul , on ne peut répondre absolument du secret d'un écrit. Celui-ci n'est pas fait de manière à pouvoir blesser personne , j'ai tâché d'y apporter une particulière attention; mais j'ai si cruellement éprouvé , et dès l'entrée de votre régence , que mes intentions les plus droites , et les plus soutenues par mes discours et par mes actions , n'en avoient pas moins été détournées à des interprétations et à des suppositions entières les plus éloignées de mon cœur et de mon esprit , malgré toute évidence et les preuves publiques , par un art que j'aimerai toujours mieux éprouver qu'employer, que j'avoue ingénument à Votre Altesse Royale que , ayant affaire aux mêmes personnes , je crains jusqu'aux choses les plus indifférentes et les plus innocentes , et qu'il ne m'a pas fallu des raisons moins fortes que le bien de l'État , l'importance de la matière et mon attachement à Votre Altesse Royale , pour lui obéir en cette occasion.

En effet ces états généraux étoient un abîme ouvert sous les pieds du régent dans les conjonctures où on se trouvoit de toutes parts , et qui par leurs divers rapports auroient jeté l'État dans la dernière confusion , avec la facilité , la mollesse et la timidité de celui qui en tenoit le gouvernail , en prise à tous les gens qui en auroient voulu profiter dans leurs divers intérêts. C'est ce qui me pressa de jeter ce mémoire sur le papier en si peu de temps, et de le porter tout de suite à M. le duc d'Orléans, pour l'arrêter par une première lecture , et barrer à temps les engagements que les propos spécieux du duc de Noailles sur les finances , et d'Effiat sur l'affaire des bâtards , lui pouvoient faire prendre aVec eux à tous moments, et qu'ils auroient sur-le-champ rendus publics, et si subitement enfourner la chose qu'il n'y eût plus eu moyen de s'en dédire. Je compris bien aussi que si le mémoire réussissoit, comme je l'espérois bien, ces deux hommes en seroient enragés, et les bâtards avec toute leur cabale et leur prétendue noblesse ; et qu'ils feroient retomber sur moi l'empêchement de la tenue des états généraux , avec tout le vacarme qu'ils en pourroient exciter, et que la nature de la chose exciteroit d'elle-même. C'est ce qui m'engagea à y faire mention des états généraux proposés par moi à la mort du roi , résolus sur mes vives raisons , empêchés par le duc de Noailles , et d'appuyer sur la différence de les avoir tenus alors à les tenir aujourd'hui. C'est aussi ce qui m'engagea à faire mention du projet là-dessus auquel j'avois travaillé sous Mgr le Dauphin , père du roi , pour bien mettre en évidence que, si j'étois contraire aux états généraux pour aujourd'hui, ce n'étoit qu'à cause des conjonctures , et non par aversion pour l'assemblée nationale , que j'avois voulue et fait résoudre en d'autres , et mettre par là à bout là-dessus la malignité de ceux dont j'en avois éprouvé les plus noires et les plus profondes.

Il est vrai que je n'ai pu m'y refuser quelques traits sur le duc de Noailles , tant pour remettre sous les yeux de M. le duc d'Orléans les

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