‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 162 sur 319 · JE SUIS BOMBARDÉ DU COMITÉ · texte numérisé non relu

JE SUIS BOMBARDÉ DU COMITÉ

du comité, et à profiter de ses lumières. Rien de si humble, de si plein de flatterie , de si préparatoire à l'admiration qu'il espéroit donner au comité, ni de plus désireux d'en enlever l'approbation. Cette partie ne fut pas moins diffuse que l'autre , mais le spécieux le plus touchant \ brilloit partout,

Quand il eut fini, M. le duc d'Orléans et presque tous les auditeurs, dans le nombre desquels étoient les présidents ou chefs des conseils, lui donnèrent des louanges. Ensuite M. le duc d'Orléans, passant les yeux sur toute la compagnie , dit qu'il ne s'agissoit plus que de nommer ie comité. C'étoit un samedi après-midi , 26 juin. Il y avoit un mois que je vivois là-dessus dans une parfaite confiance . lorsque M. le duc d'Orléans déclara le comité tout de suite, qu'il se tiendroit toutes les semaines chez le chancelier autant de fois qu'à chaque comité il seroit jugé nécessaire, et que tout à coup je m'entendis nommer le premier.

Dans ma surprise . j'interrompis et je suppliai M. le duc d'Orléans de se souvenir de ce que j'avois eu l'honneur de lui représenter toutes les deux fois qu'il m'avoit fait l'honneur de m'en parler; il me répondit qu'il ne l'avoit pas oublié , mais que je lui ferois plaisir d'en être. Je répliquai que j'y serois entièrement inutile, parce que je n'entendois rien du tout aux finances, et que je le suppliois très-instamment de m'en dispenser. « Monsieur, » reprit M. le duc d'Orléans d'un ton, honnête , mais de régent , et c'est l'unique fois qu'il l'ait pris avec moi , a encore une fois, je vous prie d'en être, et s'il faut vous le dire, je vous l'ordonne, n Je m'inclinai sur la table intérieurement fort en colère, et lui repartis : « Monsieur, vous êtes le maître; il ne me reste qu'à obéir ; mais au moins vous me permettrez d'attester tous ces messieurs de ma répugnance et de l'aveu public que je fais de mon ignorance et de mon incapacité sur les finances, par conséquent de mon inutilité dans le comité. »

Le régent me laissa achever , puis , sans me rien dire davantage , nomma le duc de La Force , le maréchal de Villeroy , le duc de Noailles , le maréchal de Besons, Pelletier-Sousy , l'archevêque de Bordeaux et le marquis d'Effiat , qui tous s'inclinèrent à leur nom et ne dirent rien.

Mon colloque avec le régent avoit attiré sur moi les yeux de tous . et je remarquai de l'étonnement sur leurs visages. M. de Noailles eut l'air fort content, et bavarda un peu sur le bon choix et sur ce qu'il espéroit de ces assemblées , puis se mit à rapporter . car le samedi étoit un jour de finances à la régence.

N'ayant pu éviter cette bombe , par tout ce que j'avois fait pour m'en garantir, je ne crus pas devoir en montrer de chagrin, et donner ce plaisir au duc de Noailles , ni me faire tirer misérablement l'oreille pour l'assiduité au comité et l'exactitude aux heures.

Il s'assembloit trois fois la semaine au moins, entre trois et quatre heures, et duroit rarement moins de trois heures; on se mettoit en rang des deux côtés de la table, ou plutôt du vide d'une table longue comme au conseil de régence . mais dans des fauteuils , le chancelier seul au bout, et vis-à-vis de lui une table carrée pour les papiers du duc de Noailles , et lui assis derrière. Comme ce comité dura au moins trois

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