M. DE FRÉJUS OBTIENT PERSONNELLEMENT
mois , il n'est pas temps d'eu dire ici davantage , mais bien de revenir au courant, depuis si longtemps interrompu par des matières qui ne pouvoient comporter de l'être.
G'étoit plus que jamais le temps des entreprises les plus étranges et les plus nouvelles. M. de Fréjus et les sous-gouverneurs prétendirent entrer dans le carrosse du roi où jamais en aucun temps ils n'avoient mis le pied. Ils se fondèrent sur ce que les sous-gouverneurs , un à la fois , entroient dans le carrosse des princes , fils de Monseigneur. Cela étoit vrai. Mais jamais M. de Fénelon ne l'imagina ni M. de Beauvilliers pour lui, quoique tous deux dans l'intimité que l'on a vue. Saumery, insolent, entreprenant, cousin germain du duc de Beauvilliers, avoit commencé à y entrer en son absence , et alors le sous-gouverneur y est de telle nécessité que . sans préséance sur aucun , il y monteroit de préférence à qui que ce fût ; mais le gouverneur présent , il est efiacé et la nécessité est remplie. Néanmoins Saumery y monta , le duc de Beauvilliers présent , mais tellement à la dernière place qu'il faisoit à chaque fois des excuses , et souvent le duc de Beauvilliers pour lui , de ce qu'il ne pouvoit se mettre à la portière à cause de son ancienne blessure au genou , qui ne lui permettoit pas de le ployer. J'ai vu cela maintes fois , moi dans le carrosse. Je n'y ai jamais vu que lui des trois sous-gouverneurs. Le hasard apparemment à fait cela ; et toujours avec cette excuse ne montoit que le pénultième pour se mettre au devant, et le dernier remplissoit de son côté la portière, où il ne se pouvoit pas mettre. Entrer dans le carrosse et manger avec le prince est de même droit, mais comme il n'y avoit point d'occasion où les princes fils de Monseigneur mangeassent avec personne , cela facilita refi"ronterie de Saumery. M. de Fénélon étoit bien de qualité à l'un et à l'autre, mais il étoit précepteur , qui portoit l'exclusion , et comme il n'a rien à faire auprès du prince que pour l'étude, et qu'il n'y en a point en carrosse, point de nécessité pour lui d'y entrer comme pour le sous-gouverncur en l'absence du gouverneur; de plus il étoit prêtre, puis archevêque, autres exclusions; parce qu'il n'y a que les cardinaux et les évêques pairs, ou ceux qui ont rang de prince étranger qui entrent dans les carrosses et qui mangent. M. d'Orléans, depuis cardinal de Coislin, et M. de Reims, l'un premier aumônier, l'autre maître de la chapelle, charges bien inférieures, ont fait maintes campagnes avec le roi , et je les ai vus au siège de Namur. Jamais M. d'Orléans, bien mieux avec le roi que M. de Reims , n'a eu l'honneur de manger avec lui , tandis que l'archevêque d^ Reims, duc et pair, l'avoit souvent et tant qu'il lui plaisoit. Ainsi, nul exemple pour le précepteur d'entrer dans le carro;^se , et un trèsfoible du sous-gouverneur, parce que, quelques grands que soient les fils de France, il y a bien loin encore du roi à eux.
Néanmoins M. le duc d'Orléans, qui faisoit litière de toutes choses, accorda l'enlrée du carrosse à un sous-gouverneur et à M. de Fréjus. Il est vrai qu il eut le courage de lui dire que ce n'étoit que personnellement et point comme précepteur ni comme évêque. Dieu sait à quels excès et à quelle lie ce carrosse et l'honneur de manger avec le roi ont été depuis étendus.
[1717] l'entrée du carrosse du roi. 221
De cette grâce s'ourdit une dispute de préférence et de préséance dans le carrosse entre le précepteur et le sous-gouverneur. Comme ils n'y étoient jamais entrés en aucun temps . la question étoit toute nouvelle et sans exemple. Il est vrai que le précepteur n'a rien à dire au sousgouverneur, et que les fonctions sont toutes indépendantes et séparées; mais le précepteur au moins est en chef à l'étude, et le sous-gouverneur ne se trouve en chef nulle part. Sa dépendance du gouverneur est totale en tout et partout ; celle du précepteur est fort légère , lequel a sous lui des sous-précepteurs : et le sous- gouverneur n'a personne : aussi M. de Fréjus le gagna-t-il.
En même temps le maréchal de Villeroy cessa pour toujours d'étouffer le roi en troisième. Il se mit à la portière de son côté ; mais l'indécence de M. du Maine à côté du roi demeura toujours , que . tout fils favori du feu roi qu'il étoit . ce monarque n'eût pas soufferte.
Fresnel épousa la fille de Le Blanc . lors du conseil de guerre . dont il fut bien parlé dans les suites ; et Flamarens épousa une fille de M. de Beauvau, frère de l'évêque de Nantes. La fille aînée du maréchal de Tessé, veuve de La Varenne. petit-fils ou arrière-petit-fils de La Varenne de Henri IV, et qui passoit sa vie à la Flèche, épousa le jeune La Luzerne , son voisin , dont elle étoit éprise. Elle étoit fort riche . il avoit du bien et la naissance tout à fait sortable. Le marquis d'Harcourt . fils aîné du maréchal . épousa une fille de feu M. de Barbezieux et de la fille aînée de M. d'Alègre . qui fit la noce . et le duc d'Albret . qui voulut épouser la sœur de cette mariée , trouva des oppositions dans la famille, qui durèrent longtemps avec beaucoup de bruit.
Je ne dirois pas ici qu'Arouet fut mis à la Bastille pour avoir fait des vers très-efi"rontés , sans le nom que ses poésies , ses aventures et la fantaisie du monde lui ont fait. Il étoit fils du notaire de mon père, que j'ai vu bien des fois lui apporter des actes à signer. Il n'avoit jamais pu rien faire de ce fils libertin , dont le libertinage a fait enfin la fortune sous le nom de Voltaire . qu"il a pris pour déguiser le sien.
Le prince palatin de Birkenfeld mourut chez lui en Alsace , à près de quatre-vingts ans. peu riche, et le meilleur homme du monde. Il avoit fort servi. Il étoit lieutenant général, et avoit des pensions. Il venoit rarement à la cour , où il étoit toujours bien reçu du roi et fort accueilli du monde. Son fils avoit été fort de mes amis. Il avoit eu le Royal-allemand et est mort assez jeune, retiré chez lui , laissant deux fils, dont l'aîné par succession est devenu duc des Deux-Ponts depuis quelques années. Il n'y a plus que cette branche des palatins outre les deux électorales.
En même temps mourut la duchesse douairière d'Elbœuf d'une longue suite de maux qu'elle avoit gagnés de son mari, mort depuis longtemps. J'ai assez souvent parlé d'elle, pour qu'il ne me reste plus rien à en dire. Elle n'étoit pas fort âgée.
M. de Montbazon, fils aîné de M. de Guéméné, et gendre sans enfants de M. de Bouillon , mourut . jeune et brigadier d'infanterie . de la petite vérole.
Une autre personne, bien plus illustre par les éclats qu'elle avoit