MORT DE MADAME GUYON
faits, quoique d'étoffe bien différente, ne fit pas le bruit qu'elle auroit fait plus tôt. Ce fut la fameuse Mme Guyon. Elle avoit été longlemps exilée en Anjou depuis le fracas et la fin de toutes les affaires du quiétisme. Elle y avoit vécu sagement et obscurément sans plus faire parler d'elle. Depuis huit ou dix ans elle avoit obtenu d'aller demeurera Blois, où elle s'étoit conduite de même, et où elle mourut sans aucune singularité , comme elle n'en montroit plus depuis ses derniers exils , fort dévote toujours et fort retirée , et approchant souvent des sacrements. Elle avoit survécu à ses plus illustres protecteurs et à ses plus intimes amis.
Le maréchal de Villars , gorgé de toutes espèces de biens , n'eut pas honte de prendre ni M. le duc d'Orléans de lui donner six mille livres de pension pour le dédommager de ses prétentions sur la vallée de Barcelonnette, disputée au gouvernement de Provence par La Feuillade, comme gouverneur de Dauphiné , qui fut jugée devoir être de ce dernier gouvernement.
Le maréchal de Villeroy obtint en même temps pour le duc de Brissac, qui étûit fort mal à son aise, dix mille livres de pension. Quelque temps après , Blancménil , avocat général , frère du président Lamoignon , eut aussi une pension de six mille livres ; et Canillac eut pour rien la lieutenance générale de Languedoc, de vingt mille livres de rente , vacante par la mort de Peyre , qui n'avoit point de brevet de retenue.
Contade et Brillac , l'un major , l'autre capitaine aux gardes , avoient passé leur vie dans ce corps , sans avoir pu se souffrir l'un l'autre. Contade bien plus brillant, l'autre ne laissoit pas d'avoir des amis. Son frère étoit premier président du parlement de Bretagne , mais fort peu estimé. Je ne sais ce qui arriva de nouveau entre deux officiers généraux de cet âge; mais, le samedi 12 juin, Brillac vint, sur les quatre heures du matin, chez Contade, dans la rue Saint-Honoré , l'éveilla, le fit habiller et sortit avec lui. Ils entrèrent tout auprès dans une petite rue Inhabitée , qui va de la rue Saint-Honoré vers le bout du jardin des Tuileries , près de l'orangerie , et là se battirent bel et bien. Brillac fut légèrement blessé, et disparut aisément. Contade le fut dangereusement, et il fallut le reporter chez lui. Ce fut un grand vacarme. Un cordier et sa femme, qui profiloient de la commodité de cette rue pour leur métier, étoient déjà levés pour leur travail, et furent témoins du combat. Ils babillèrent; cela embarrassa beaucoup; on les enleva; on cacha Contade dans le fond de l'hôtel de Noailles, là tout auprès, et comme il avoit beaucoup d'amis considérables, tout se mit en campagne pour lui. Les Grammont, les Noailles, les Villars, le premier président et bien d'autres en firent leur propre affaire; et le régent n'avoit pas moins d'envie qu'eux de l'en tirer. Il en coûta du temps , des peines et de l'argent ; et l'affaire s'en alla en fumée. Pendant tout cela , Contade guérit. A la fin de tout, Contade et Brillac parurent une fois au parlement pour la forme, et il ne s'en parla plus. Néanmoins on voulut séparer deux hommes si peu compatibles, et qui se rencontroient si souvent par la nécessité de leurs emplois. Le gouvernement de l'île