‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 174 sur 319 · LE ROI VISITE LE CZAR · texte numérisé non relu

LE ROI VISITE LE CZAR

de rang , et légèrement de supériorité d'âge ; car tout cela se tit trèsdistinctemeit sentir. Il loua fort le roi , il en parut charmé , et il en persuada tout le monde. Il l'embrassa à plusieurs reprises. Le roi lui tit très-joJment son petit et court compliment, et M. du Maine, le maréchal de Villeroy , et ce qui se trouva là de distingué fournirent la conversation. La séance dura un peiit quart d'heure. Le czar accompagna le roi comme il l'avoit reçu , et le vit monter en carrosse.

Le mardi 11 mai, le czar alla voir le roi entre quatre et cinq heures. Il fut reçu du roi à la portière de son carrosse , et conduit di même . eut la droite sur le roi partout. On étoit convenu de tout le cérémonial , avant que le roi l'allât voir. Le czar montra les mêmes grâces et a même affection pour le roi , et sa visite ne fut pas plus longue que celle qu'il en avoit reçue ; mais la foule le surprit fort.

Il étoit allé dès huit heures du matin voir les places Royale, des Victoires et de Vendôme , et le lendemain il fut voir l'Observatoire , les manufactures des Gobelins et le Jardin du Roi des simples. Partout là il s'amusa beaucoup à tout examiner et à faire beaucoup de questions.

Le jeudi 13 mai, il se purgea, et ne laissa pas l'après-dînée d'aller chez plusieurs ouvriers de réputation. Le vendredi 14, il alla dès six heures du matin dans la grande galerie du Louvre voir les plans en relief de toutes les places du roi , dont Asfeld avec ses ingénieurs lui fit les honneurs. Le maréchal de Villars s'y trouva aussi pour la même raison avec quelques lieutenants généraux. Il examina fort longtemps tous ces plans; il visita ensuite beaucoup d'endroits du Louvre., et descendit après dans le jardin des Tuileries , dont on avoit lait sortir tout le monde. On travailloit alors au Pont Tournant. Il examina fort cet ouvrage , et y demeura longtemps. L'après-dînée , il alla voir Madame au Palais-Royal, qui l'avoit envoyé complimenter par son chevalier d'honneur. Excepté le fauteuil, elle le reçut comme elle auroit fait le roi. M. le duc d'Orléans l'y vint prendre pour le mener à l'Opéra dans sa grande loge, tous deux seuls sur le banc de devant a^ec un grand tapis. Quelque temps après, le czar demanda s'il n'y auroit point de bière. Tout aussitôt on en apporta un g.and gobelet sur une soucoupe. Le régent se leva, la prit, et la présenta au czar, qui, avec un sourire et une inclination de politesse , prit le gobelet sans aucune façon , but et le remit sur la coupe, que le régent tint toujours. En la rendant, il prit une assiette qui portoit une serviette, qu'il présenta au czar, qui, sans se lever, en usa comme il avoit fait pour la bière, dont le spectacle parut assez étonné. Au quatrième acte il s'en alla souper, et ne voulut pas que le régent quittât la. loge. Le lendemain samedi , il se jeta dans un carrosse de louage, et alla v.ir quantité de curiosités chez les ouvriers.

Le 16 mai, jour de la Pentecôte, il alla aux Invalides, où il voulut tout voir et tout examiner partout. Au réfectoire , il goûta de la soupe des soldats et de leur vin, but à leur santé, leur frappant sur l'épaule, et les appelant camarades. Il adm ra beaucoup l'église, l'apothic irerie et l'infirmerie, el parut charmé de l'ordre de cette maison. Le maréchal de Villars lui en fit les honneurs. La maréchale de Villars y alla pour

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