MESURES DU CZAR AVEC LA FRANCE
au duc de Mecklembourg une indemnité des pertes par lui souffertes du roi de Danemark, suivant la promesse du roi de Prusse à ce prince. Le czar et le roi de Prusse s'engageoient à procurer cette cession , lors do la paix avec la Suède , et à solliciter pour cet effet le consentement de l'empereur et de l'empire , et des alliés du nord , de ne pas permettre qu'il fût disposé autrement de Wismar, et, si on l'entreprenoit, de s"y opposer avec le nombre de troupes qui seroit jugé nécessaire.
Ce dernier article fit tant de difficulté que Schaffirof céda, il pria seulement Kniphausen d'envoyer le projet au roi de Prusse , de faire ce qu'il pourroit pour en obtenir son agrément, et l'assura que ce changement n'empêcheroit pas la signature du traité, pourvu qu'on y voulût insérer qu'à l'égard de Wismar on s'en tiendroit à la déclaration donnée à Stettin.
Le czar en même temps cherchoit à traiter avec la France. L'article des subsides qu'il demandoit en faisoit la difficulté principale. La conduite de cette négociation sous ses yeux ne pouvoit se cacher à ses alliés alarmés des engagements qu'il pourroit prendre à leur préjudice. Le roi de Pologne, qui avoit un ministre à Paris, y en envoya un second, pour y veiller encore mieux , pendant le séjour du czar. Schaffirof les assura tous deux que le czar ne feroit jamais d'accommodement avec la Suède , sans la participation du roi de Pologne ; que les François ne lui avoient encore fait aucune proposition là-dessus, et n'en feroient apparemment pas, avant d'avoir reçu des nouvelles du comte de La Marck, leur ambassadeur auprès du roi de Suède, et qu'il ne s'étoit parlé encore que d'un simple traité d'amitié. Il leur confia sous le secret que , si la France proposoit un traité d'alliance pareil à celui qu'elle avoit fait avec l'Angleterre et la Hollande, le czar y pourroit consentir, mais à bonnes enseignes, et à condition qu'elle abandonneroit la Suède. Il leur dit aussi qu'il n'avoit tenu qu'à l'empereur de se lier avec le czar; mais que, comme il avoit répondu avec mépris, quoique depuis il eût changé de ton , le czar pourroit aussi s'entendre avec la France , s'il y trouvoit son compte. Il ajouta que le czar avoit déjà la parole du roi de Prusse, qu'il souhaitoit de trouver le roi de Pologne dans les mêmes dispositions. Schaffirof les pria d'en écrire à leur maître, et leur demanda le secret , et les assura que , si le traité se concluoit , il y seroit laissé une porte ouverte au roi de Pologne pour y entrer. Les envoyés de Pologne jugeoient le succès de la négociation fort incertain à cause des garanties que le czar et la Prusse ne manqueroient pas de demander; mais comme ils pouvoient se tromper, leur but étoit de suspendre la négociation , s'il leur étoit possible , jusqu'à ce qu'ils eussent des nouvelles de leur maître.
On prétend que Los, un des envoyés de Pologne, conseilla au roi son maître d'engager, s'il pouvoit, la France à lui faire des propositions, parce que, si elles ne lui convenoient pas, elles lui serviroient à lui faire un mérite auprès de l'empereur. Ce même Los suivoit le czar partout où il alloit ; en espion plutôt qu'en ministre.
L'empereur souffroit avec impatience le séjour des troupes russiennes dans le Mecklembourg. L'envoyé de Prusse en informa le czar, en