‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 197 sur 319 · MORT DE DONGOIS · texte numérisé non relu

MORT DE DONGOIS

Harlay mourut comme il avoit vécu. Il avoit une bonne et nombreuse bibliothèque, avec quantité de manuscrits sur différentes matières. Il les donna à Cbauvelin , depuis garde des sceaux , qui en sut faire un échelon à sa fortune, et parce qu'il n'étoit rien moins que dévot, il lui donna aussi tout ce qu'il avoit de livres de dévotion , et tout le reste de sa bibliothèque aux jésuites. Il n'avoit au plus que soixante ans, et se plut à ces legs ridicules. Je me suis peut-être trop étendu sur un particulier qui n'a jamais figuré. J'ai succombé à la tentation de déployer un si singulier caractère.

Dongois , greffier en chef du parlement , qui s'étoit bien réjoui en sa vie de la rareté de ces deux hommes , mourut en même temps à quatrevingt-trois ans, et fut universellement regretté. G'étoit un très-honnête homme , très-droit , extrêmement instruit et capable , qui faisoit trèssupérieurement sa charge; fort obligeant, très-considéré du parlement qui avoit souvent recours à ses lumières en beaucoup d'occasions , et qui avoit au dehors et parmi les seigneurs et à la cour beaucoup d'amis.

M. le prince de Conti perdit un fils enfant , qui étoit appelé comte de La Marche , dont le roi prit le deuil pour huit jours.

Courson, fils de Bàville, intendant ou plutôt roi de Languedoc, ne ressembloit en rien à son père. On a vu en son lieu qu'il pensa plus d'une fois être assommé à coups de pierres en divers lieux de son intendance de Rouen, dont il fallut l'ôter tant il s'y étoit rendu odieux; mais le crédit de son père le sauva et le fit envoyer intendant à Bordeaux. C'étoit dehors et dedans un gros bœuf, fort brutal, fort insolent et dont les mains n'étoient pas nettes, ni à son exemple celles de ses secrétaires qui faisoient toute l'intendance , dont il étoit très-incapable , et de plus très-paresseux.

Il fit, entre autres tyrannies, des taxes sèches' très-violentes dans Périgueux , par ses ordonnances en forme , sans aucun édit ni arrêt du conseil; et voyant qu'on ne se pressoit pas d'y satisfaire , les augmenta, multiplia les frais, et à la fin mit dans des cachots des échevins et d'autres honnêtes et riches bourgeois. Il en fit tant qu'ils députèrent pour porter leurs plaintes, et allèrent de porte en porte chez tous ceux du conseil de régence, après avoir été plus de deux mois à se morfondre dans les antichambres du duc de Noailles.

Le comte de Toulouse, qui étoit homme fort juste, et qui les avoit entsndus, blessé de ce qu'ils ne pouvoient obtenir de réponse, m'en parla. J'en étois aussi indigné que lui. Je lui répondis que, s'il vouloit m'aider nous aurions raison de cette afiaire. J'en parlai à M. le duc d'Orléans, qui n'en savoit rien que superficiellement. Je lui remontrai la nécessité de voir clair en des plaintes de cette nature; l'injustice de ruiner ces députés de Périgueux sur le pavé de Paris pour les lasser et ne les point entendre, et la cruauté de laisser languir d'honnêtes bourgeois dans des cachots sans savoir pourquoi , et de quelle autorité ils y étoient. Il en convint et me promit d'en parler au duc de Noailles. Au

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