MA CONDUITE À CET ÉGARD
pas la peine de tant aller et venir, le chancelier donneroità dîner à tout le comité. Le lendemain matin, au sortir de la séance, le chancelier, qui , dès la veille , m'avoit prié , outre le général , en particulier à dîner , s'approcha de moi en me disant, comme encore d'un air d'invitation, l'on alloit dîner. Je le priai de me dire précisément à quelle heure il jmptoit rentrer en séance, afin que je m'y trouvasse ponctuellement. A sa surprise et son redoublement de prières de rester, je lui avouai l'ranchement que je ne pouvois me résoudre à dîner avec le duc de ailles; que tant qu'il voudroit sans lui je réparerois ce que je perdois jour-là. Il ms parut affligé au dernier point, me pressa, me conjura, ine représenta le bruit que cela alloit faire. Je lui dis qu'il n'y auroit rien de nouveau , et que personne n'ignoroit à quel point nous étions ensemble. Ce colloque, qui se faisoit avec émotion sur le chemin de la porte, fut remarqué. Je vis par hasard le duc de Noailles, qui du fond (le la chambre nous regardoit, et parlant aux uns et aux autres. Le duc de La Force vint en tiers , un instant après le maréchal de Yilleroy , ]Hiis l'archevêque de Bordeaux, qui se joignirent au chancelier, et qu tiuis ensemble , comme par force , me retinrent. Je consentis donc enfin , mais avec une répugnance extrême , et à condition encore que le duc de Noailles se placeroit au plus loin de moi , sans quoi je lui déclarai que je sortirois de table. Ils s'en chargèrent, et cela fut exécuté. Le dîner fut grand et bon, et tout m'y montra qu'on étoit aise que j'y fusse demeuré. Le duc de Noailles y parut, tout désinvolte qu'il est, fort empêtré. Il voulut pourtant un peu bavarder; mai^n voyoit qu'il avoit peine à dire. Vers le milieu du repas, il se trouva mal ou en fit le semblant, et passa dans une autre chambre. Un moment après, la chancelière l'alla voir et revint se mettre à table. Personne autre n'en sortit ni ne marqua de soin que le chancelier, qui y envoya une fois ou deux. On dit que c'étoit des vapeurs, et finalement \\ acheva de dîner dans cette chambre plus à son aise qu'il n'eût apparemment fait à table. Je n'en sourcillai jamais. Il se retrouva avec la compagnie à prendre du café , et peu après nous nous remîmes en séance , où il rapporta comme si de rien n'eût été. Je fus fort remercié de la compagnie , et particulièrement du chancelier et de la chancelière d'être demeuré à dîner , et je ne cachai à personne que ç'avoit été un vrai sacrifice de ma part, dont l'absence du duc de Noailles m'avoit fort soulagé dans la dernière moitié du repas. Ce dîner avec lui, ce qui s'étoit répandu que j'étois souvent de son avis, et grossi, dont lui-même étoit bien homme à s'être paré, fit courir quelque bruit que nous étions raccommodés, qui fut bientôt détruit par la continuité de la façon dont j'en usois avec lui. Ce fut la seule fois qu'il y eut comité matin et soir. Ils redoublèrent d'aprèsdînée et de longueur. Je crus que le chancelier n'avoit pas voulu , et sagement, nous exposer, le duc de Noailles et moi, à l'inconvénient d'un second dîner.
Le travail achevé , et tous les avis à peu près réunis sur chaque point , j'allai voir le chancelier en particulier. Je lui dis que je venois lui communiquer une pensée que je n'avois pas voulu hasarder dans le comité, raisonner avec lui , et , s'il trouvoit que ce que je pensois fût bon , le