‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 210 sur 319 · LA RÉFORME DE QUELQUES TROUPES · texte numérisé non relu

LA RÉFORME DE QUELQUES TROUPES

i!iiies de mousquetaires. Or, n'élant que tels , ils en sont bornés au même seivice quand ils sont en détachement, et comme ils vieillissent dans e-'^ charges, ils y deviennent anciens officiers généraux sans savoir plus l'f '-ouvent moins qu'un lieutenant de cavalerie ; d'où il est aisé de juger ili' ce qui en peut arriver quand ils se trouvent chargés de quelque cl ise. Le feu roi, de la création duquel sont les mousquetaires gris et III irs et la gendarmerie, et qui se plaisoit aux détails et aux revues des iiMupes et à leur magnificence, mit les officiers de ces troupes sur le |.Md peu à peu de devenir officiers généraux à leur rang, et les fit presi|iM' tous colonels par leurs charges, et fort tôt après les avoir achetées ciiix dont les charges ne les font pas. Cela fait donc dans les armées un amas très-nombreux de colonels, brigadiers, officiers généraux, qui n'ont ni n'ont jamais eu de troupes, qui n'ont jamais été en détachement que comme simples cornettes , lieutenants ou capitaines de cavalerie , et qui , nonobstant leurs grades , continuent , tant qu'ils ont ces charges , d'être détachés sur le même pied. Il est vrai que sur le gros de l'armée ils marchent à leur tour suivant leur grade d'armée . mais , au nombre qu'ils sont de chaque grade , marcher ainsi se borne à deux ou trois fois par campagne, qui n'est pas le moyen d'apprendre, quand précédemment surtout on n'a rien appris ni eu occasion d'apprendre. Cette double façon d'être détaché produit une cacophonie ridicule en ce que le lieutenant , détaché avec sa troupe distinguée , et qui dans le total du détachement ne sert que comme un lieutenant de cavalerie à la tète de quinze ou vingt maîtres , est souvent brigadier ' et même maréchal de camp, aux ordres, non-seulement *de son cadet de même grade ou même inférieur qui commande le tout, mais à ceux des colonels et des lieutenants-colonels détachés avec lui à leur tour de marcher , et qui , sous le chef, commandent à tout le détachement. Voilà en peu de mots pour la guerre; venons aux autres inconvénients.

Celui de la gendarmerie est unique : c'est ce qu'il en coûte de plus au roi que pour ses troupes ordinaires , en place de fourrages pour les officiers , et en traitements de quartiers d'hiver pour le total de la gendarmerie, ainsi qu'en routes et en étapes, ce qui gît encore en un calcul bien aisé. Pour ce qui est des gens d'armes, chevau- légers et mousquetaires , c'est une autre manière de compter avec eux qui va encore plus loin. Ces troupes, en si petit nombre pour la guerre, quand même (ce qui ne peut être) les quatre compagnies iroient tout entières , parce qu'il en demeure toujours pour le guet et par force congés, ne sont, ou d'aucun usage ailleurs, ou d'un usage inutile. Jamais leur guet n'est auprès du roi dans pas un lieu de ses demeures; ce guet l'accompagne seulement de Versailles à Fontainebleau ou à Compiègne , ou en de vrais voyages. Dans ces voyages même ils ne sont jamais dans les lieux où le roi couche , excepté que , en des cas assez rares , un petit détachement de mousquetaires des deux compagnies [s'y trouve] , pour fournir aux sentinelles extérieures et suppléer au régiment des gardes ou autre garde d'infanterie par les chemins, les gardes du corps envi-

\. Général île brigade.

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