‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 211 sur 319 · JE PROPOSE AU CHANCELIER · texte numérisé non relu

JE PROPOSE AU CHANCELIER

ronnant toujours le carrosse du roi aux deux côtés et derrière, et quelques-uns devant ; 'qu'en avant de tout et en arrière de tout , il y a un détachement de gens d'armes et de chevau-légers , et quatre mousquetaires à la tête de l'attelage du roi , qui tous se relayent de distance en distance. De service de cour, aucun autre qu'un officier principal de chacun de ces corps en quartier , qui prend l'ordre du roi au sortir de son souper, quand le capitaine ne s'y trouve pas, et un maître de chaque corps, botté, en uniforme, qui prend l'ordre du roi tous les jours sur son passage, pour aller à la messe; et à ces deux ordres du matin et du soir jamais rien à faire , parce que , s'il y avoit quelque ordre à donner pour la guerre , pour une revue , pour un voyage , elc. , cela se passoit toujours du roi au capitaine, si la chose pressoit, et qu'il n'y fût pas, à l'officier de quartier. Par ce court détail je ne voyois point d'utilité pour la guerre ni pour le service , encore moins pour celui de la cour, ni [pour] sa décoration, à entretenir des troupes si chères, et qui , à la valeur près , n'étoient bonnes que pour la magnificence et la décoration des revues, auxquelles le feu roi ne s'étoit que trop plu.

Question après de la manière de s'en soulager. Rien de plus aisé pour la gendarmerie : la réformer , laisser crier les intéressés , continuer une pension aux maréchaux des logis, et rembourser toutes les charges. Pour y parvenir, s'imaginer après la réforme qu'elle n'est point faite, faire en tout genre de dépense pour la gendarmerie les même fonds que si elle subsistoit , rembourser de cette somme tous les ans un nombre de charges en entier, et continuer les appointements de toutes jusqu'au jour de leur remboursement , le rendre libre de toute dette qui n'auroit point dessus des hypothèques spéciales , promettre (et tenir parole) à ceux qui seroient mestres de camp et brigadiers de la préférence pour des régiments ; moyennant quoi , en trois ans ou quatre au plus , on seroit soulagé de toute cette dépense.

Pour ce qui est des gens d'armes , des chevau-légers . je sentis bien la difficulté de la foiblesse de M. le duc d'Orléans pour le prince de Rohan et le duc de Chaulnes, qui les commandoient. Je proposois la même forme que je viens d'expliquer pour la gendarmerie , et je dis au chancelier que c'étoit son afi'aire pour ôter ce nombre d'exempts de taille et d'autres impositions, et cette quantité de lettres d'État, la plupart trèsindirectes , qui , pour de l'argent que les plaideurs donnoient à des gens d'armes ou à des chevau-légers, se mêloient sans intérêt dans leurs affaires sous quelque couleur forcée, et arrêtoient de leur chef les procédures et les jugements tant qu'il leur plaisoit. Pour les mousquetaires, la difficulté des capitaines n'étoit pas la même, mais la manière de réformer et de rembourser [étoit] pareille. Les huit brigades d'augmentation dans les gardes du corps n'étoient pas une dépense en comparaison de l'épargne qu'on eût faite. Ceux-là au moins auroient servi utilement à la guerre et à la cour.

Je trouvois leur guet trop foible, outre qu'on pouvoit remettre cette augmentation à l'ouverture d'une guerre ou au mariage du roi. Les deux hôtels des mousquetaires les auroient logés dans Paris , chacun à leur tour, où on auroit eu des troupes plus nombreuses et plus sages que

Page 1