‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 221 sur 319 · AVIS DU DUC DE PARME · texte numérisé non relu

AVIS DU DUC DE PARME

s'expliquoit en style d'ancien Romain. Il se complaisoit d'avoir rétabli la marine d'Espagne en si bon état , n'en ayant trouvé aucune , surtout des magasins de Cadix , qu'il publioit être plus remplis que ne l'étoient ceux de Brest, Toulon et Marseille. A quoi il ajoutoit toutes sortes d'utiles vanteries.

Aldovrandi le servoit à Rome en tâchant d'y persuader que l'entreprise regardoitOran. Il trouvoit les préparatifs trop-grands pour la Sardaigne, insuffisants pour Naples et la Sicile. Il en concluoit pour Alger, et se rabattre après sur Oran ; et n'osant plus amuser le pape que cette escadre iroit au Levant , il le flattoit au moins qu'elle alloit tomber sur les Barbaresques.

Del Maro , de plus en plus persuadé par la profondeur du secret que cet orage regardoit la Sicile , cherchoit des voies détournées pour en avertir son maître, persuadé que toutes ses lettres étoient interceptées, et que sa maison étoit environnée d'espions. Il fit passer un courrier à Turin , qui lui revint à Madrid malgré toutes les précautions dont la nature , qui alloit à la violence, confirma tous ses soupçons.

Le duc de Parme méritoit d'être distingué des autres princes , parce qu'il étoit à la reine d'Espagne et par ce qu'Albéroni lui devoit , qui étoit encore son ministre à Madrid. Il sut donc enfin sous le dernier secret la véritable destination de l'escadre d'Espagne. Il donna tous les avis qu'il put pour en faciliter les desseins. Il avertit que les préparatifs de Barcelone avoient jeté les ministres impériaux à Naples dans la consternation; qu'ils connoissoient parfaitement leur foiblesse si le royaume étoit attaqué , et le vœu général des grands et des peuples d'être délivrés du joug des Allemands; qu'un de ces ministres avoit avoué que l'enlèvement de Molinez étoit insoutenable , que c'étoit une infraction manifeste de la neutralité d'Italie, et qu'elle auroit de fâcheuses suites. Le vice-roi , qui ne vouloit pas montrer leur agitation commune . avoit donné des ordres secrets de fortifier plusieurs places, et redoubla de soins pour la sûreté du royaume. La justice y étoit abolie, le négoce cessé , l'administration et les gouvernements en vente au plus offrant. Le désespoir y étoit , et les vœux peu retenus de voir paroître l'escadre espagnole, et le roi d'Espagne étoit fortement exhorté de j)rofiter de cette conjoncture pendant la campagne de Hongrie. Le duc de Parme appuyoit de toutes ses forces l'avis de la conquête de Naples, par la crainte qu'il avoit de la puissance et des desseins de l'empereur. Il prétendoit qu'elle étoit facile, et n'avoir qu'à s'y présenter pour opérer une révolution subite; qu'une fois faite, elle se conserveroit aisément parce que les princes d'Italie , gémissants et tremblants sous l'autorité de l'empereur, concourroient tous à la défense quand ils se verroient soutenus, surtout le roi de Sicile, certain de la haine que l'empereur lui avoit jurée, et les Vénitiens enveloppés ,de tous côtés par les États de l'empereur; que le pape seroit le premier à s'engager, auquel il exhortoit le roi d'Espagne de donner promptement la satisfaction à laquelle il se bornoit. Ce n'étoit plus ce décret refusé par l'Espagne, mais une simple lettre secrète du roi d'Espagne à lui, par laquelle il désavoueroit, non pas le livre que le duc d'Uzeda avoit fait imprimer il y avoit

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